Poecilia wingei, appelé communément guppy Endler, est un poisson de plus en plus commun qui se retrouve dans beaucoup d’animaleries. Il fait partie de la famille des Poecilidés qui regroupe notamment les mollys, les platys et les xiphos qui figurent parmi les espèces les plus populaires. Ils sont aussi les plus faciles à élever et reproduire en aquarium.
Poecilia wingei est le plus proche cousin du guppy (Poecilia reticulata), souvent maintenu comme le premier poisson pour débutant. Sa dénomination finale de Poecilia wingei n’a été validée que très tardivement en 2005 par des scientifiques du Muséum zoologique d’Amsterdam. Ce poisson fut initialement baptisé guppy Endler, en l’honneur du biologiste canadien John Endler qui l’a découvert au milieu des années 1970, dans le nord-est du Venezuela. Pendant longtemps on a cru qu’il s’agissait d’une variante particulière du guppy. Les deux espèces peuvent d’ailleurs s’hybrider. Toutefois, on note que les femelles Endler ont tendance à privilégier les mâles de leur espèce, à la livrée si particulière (du moins pour les spécimens sauvages !). Elles peuvent donc refuser l’accouplement avec des mâles guppys « traditionnels ».
Origine géographique
Il est originaire du Venezuela et plus particulièrement du lac Campoma d’où proviennent les spécimens qui ont permis la description de cette nouvelle espèce. On le retrouve plus largement sur les marais, lagunes et petits étangs.
Morphologie
Les mâles sont plus petits que les femelles. Ils mesurent jusqu’à 3 cm et sont très colorés. Les femelles plus ternes, de couleur grise, pourraient atteindre jusqu’à 5 cm. Elles arborent parfois d’autres couleurs en fonction des variétés sélectionnées.
Il existe, en effet, un très grand nombre de variétés de Poecilia wingei. Les éleveurs passionnés les sélectionnent en fonction de leurs couleurs, et de la forme de leur nageoire caudale. La queue peut être ronde, en lyre, en flamme ou avec une épée basse, haute ou double. Il est très important de noter que lors de la maintenance et de l’élevage de cette espèce, il faut garder ensemble des poissons issus de la même forme ou souche si vous souhaitez conserver et perpétuer la variété spécifique que vous avez acquise. Il en va de même pour les femelles qui présentent une forme courante grise et une forme jaunâtre dite blonde (sans être albinos). Étant une espèce prolifique, il est facile que les couleurs se mélangent si la sélection n’est pas rigoureuse.

La descendance peut alors être très différente des poissons acquis en magasin. Les femelles étant fécondées pour plusieurs pontes, il faudra être d’autant plus vigilant lors des premiers mois après leur arrivée car leurs alevins ne seront pas forcément issus du mâle de votre aquarium.
Maintenance
Pour la maintenance, nous vous conseillons un mâle pour trois femelles. L’occupation principale de celui-ci est de manger et de s’accoupler pour perpétuer sa lignée. Les femelles sont constamment sollicitées. Elles peuvent rapidement s’épuiser si elles ne sont pas assez nombreuses ou ne disposent pas de cachettes pour se soustraire à la vue de leurs prétendants.
C’est un poisson qui gagne de plus en plus en popularité même s’il n’a pas encore atteint le niveau que son plus proche cousin le guppy (Poecilia reticulata) qui lui a été très largement répandu dans le monde tropical pour lutter contre la prolifération des moustiques. Il s’adapte à des qualités de l’eau très variées avec un pH entre 6,5 et 8 et une température entre 20 °C et 28 °C. Il est reproduit et commercialisé partout dans le monde. Les plus gros éleveurs sont situés en Asie du Sud-Est comme le Sri Lanka, l’Indonésie, la Thaïlande ou la Chine.
Des aquariums à partir de 30 litres lui suffisent pour une maintenance spécifique (attention cependant à leur rapide prolifération, qui vous obligera peut-être au bout de quelques mois à voir les choses en plus grand).
Pour une maintenance communautaire avec des espèces calmes un bac de 100 litres sera préférable. Il occupera principalement la zone haute de l’aquarium. Des plantes de surface sont appréciées, ainsi que toutes les plantes à petites feuilles.
Alimentation
C’est un poisson omnivore qui est très opportuniste et consommera ce que sa petite bouche lui permettra d’avaler. Dans la nature, les algues et les larves d’insectes composent son régime alimentaire. En aquarium, une alimentation variée, composée de paillettes, de granulés et de nourritures congelées favorisera sa croissance, et sa reproduction.
Reproduction
Ils se reproduisent comme tous les Poecilidés, par ovoviviparité. Cela implique une fécondation interne par le mâle grâce à la nageoire anale transformée en organe copulateur appelé gonopode. La femelle stocke la semence pour plusieurs pontes. C’est pour cela que les mâles passent leur temps à essayer de les féconder afin de maximiser les chances de transmettre leur patrimoine génétique. Les œufs se développent dans la cavité utérine de celle-ci, puis sont expulsés à terme. La membrane des œufs se brise lors de la sortie et les alevins nagent aussitôt. Aucun soin n’est prodigué par les parents qui n’hésitent pas à manger leur progéniture s’ils ont faim. Pour cette raison, nous vous conseillons de maintenir Poecilia wingei dans un aquarium très planté avec de nombreuses cachettes et si possible de la mousse de Java. Le comportement envers les alevins peut être très variable : on voit par exemple des aquariophiles maintenir des populations de « wingei » de toutes générations sans aucune prédation. Tandis que pour d’autres populations ou souches, et pourtant chez les mêmes éleveurs, les petits peuvent être pourchassés inlassablement. Soyez donc vigilants, surtout lors des premières portées !

Dès la naissance, les jeunes acceptent des anguillules du vinaigre ainsi que de la nourriture réduite en poudre à base de granulés ou de flocons. Il existe d’ailleurs des poudres spéciales « vivipares » à leur intention. La croissance est rapide. Dans des conditions optimales, un mâle arrive à maturité en 3 mois. Cependant, certains mâles concentrent leur énergie à grandir au lieu de devenir mature sexuellement. Ils se confondent facilement avec les femelles. Ils finissent leur développement ensuite. Ils sont baptisés mâles tardifs et deviennent plus grands que ceux plus précoces.
Une espèce idéale pour s’initier à l’élevage
C’est une espèce dite facile et très intéressante à observer et à sélectionner pour maintenir sur le long terme la forme et les couleurs des spécimens acquis. Elle convient bien à des débutants qui souhaitent s’initier à l’élevage.

Attention particulière : De nombreuses variétés de Poecilidés s’acclimatent très bien dans les eaux subtropicales et notamment dans les eaux européennes en période estivale. D’une manière générale, prenez garde à ne libérer aucune espèce, quelle qu’elle soit dans les eaux françaises ou européennes (surtout dans le Sud méditerranéen). Les gambusies (Gambusia holbrooki) qui étaient à la base introduits en Europe pour manger les larves de moustiques ont été déclarées, il y a peu, espèce nuisible et invasive. Toutefois, le guppy et le Endler ne survivent pas à notre hiver en France métropolitaine : des températures inférieures à 5-7 °C leur sont fatales.
Un grand merci à Giovanni et Uan de Siam Aquarium pour la sélection des poissons ayant servi à l’illustration.
Texte : Julien Wannepain / photos : Frédéric Fasquel
📖 Cet article est paru dans AQYA n°1 (juillet 2025). Téléchargez le numéro complet en PDF.