Connu sous le nom de Badamier, Terminalia catappa offre bien plus qu’un ombrage tropical : ses feuilles sont devenues un incontournable de l’aquariophilie moderne. Riches en tanins et en acides humiques, elles possèdent des vertus thérapeutiques ancestrales désormais appliquées au bien-être de nos poissons et crevettes. Découvrez les secrets de cette « feuille miracle », de sa récolte à ses multiples bienfaits sur l’immunité, la reproduction et l’équilibre de l’eau.
Écologie
Initialement originaire des îles Andaman et des environs de la Papouasie Nouvelle-Guinée, Terminalia catappa est présent dans toutes les régions tropicales de l’Asie, l’Afrique, l’Australie, le Brésil et les Antilles. Cet amandier est un arbre fruitier qui mesure une vingtaine de mètres de hauteur dont l’écorce lisse est gris-brun. Les feuilles caduques sont portées au bout des rameaux dont les branches s’étalent horizontalement, proposant une ombre comme sous un parasol. Disposées en touffes, les feuilles mesurent environ 30 cm de long et 15 cm de large.
Elles sont luisantes, de couleur vert-clair, de forme obovale et présentent des côtes en relief avec un tomentum sur la face inférieure. Avant de tomber, celles-ci passent de vert à orange puis au rouge vif. Les fleurs du badamier sont jaune verdâtre et donnent aprés pollinisation des amandes comestibles très appréciées par ceux qui les consomment. Cet arbre assez imposant est utilisé dans de nombreux plans de reforestation ou pour son ombrage aux abords des plages.

Une utilisation ancestrale
L’homme a toujours exploité les différentes parties de cet arbre dans le cadre de la médecine traditionnelle (phytothérapie). L’écorce et les feuilles, très riches en tanins, sont utilisées en infusions ou décoctions pour lutter sous les tropiques contre les infections intestinales (diarrhées et dysenteries). En effet les acides tanniques en se liant aux ions métalliques comme le fer forment des chélates entraînant un dysfonctionement de la membrane cytoplasmique des bactéries et inhibent ainsi leur développement.
Le jus de feuille traite les furoncles et en gargarisme lutte contre les angines. La décoction d’écorce en application externe donne un antiseptique permettant de désinfecter une plaie. Ces différentes préparations agissent également contre la toux et les infections urinaires. Leur activité hypotensive est controversée, mais leur activité hépato-protectrice semble être confirmée. Aucune étude scientifique n’a cependant démontré que les allégations avancées pour un traitement préventif du cancer étaient sérieuses.

Outre les tanins (punicaline, punicalagine ou tercatine), bien d’autres molécules sont présentes dans les feuilles, les acides humiques aux propriétés antibactériennes et antioxydantes, divers flavonoïdes (kaempférol, quercétine), des saponines et des phytostérols.
Le fruit desséché du badamier, connu sous le nom de « myrobalan », est utilisé par les apothicaires européens dans la pharmacopée à partir du XIIIe siècle. Les fruits à fibres charnues sont des drupes ovales de 5 cm de long. La coque, rouge à maturité, contient une amande comestible, très appréciée des chauves-souris et des hommes… Elles sont huileuses et contiennent également 50 % de substances tanniques. Leur utilisation se fait aussi bien en pharmacopée que pour tanner le cuir. Le bois, de couleur rouge, est solide et résistant à l’eau. Il sert à la construction de pirogues, d’objets artisanaux, de bois de charpente et de combustible.
L’histoire de la Catappa en aquariophilie
Les feuilles séchées de l’amandier sont utilisées depuis longtemps en Asie par les éleveurs de discus et de bettas, principalement pour traiter les blessures des poissons. Cette pratique s’est enrichie avec une utilisation pour la maintenance de diverses espèces, pour les reproductions et en tant que support de nourriture pour les crevettes etc… L’action exceptionnelle de ces feuilles va du renforcement de l’immunité des poissons à la stimulation de la reproduction, en passant par les soins et la nourriture. Son usage s’est peu à peu démocratisé, d’où sa présence dans nos bacs.

Des études ont prouvé que les différents principes actifs secrétés par les feuilles font un tout, mais avec des propriétés distinctes. Les tanins agissent comme inhibiteur de la croissance bactérienne dans le tube digestif des poissons en formant un chélate par fixation du fer. L’acidité engendrée par les acides humiques modifie le milieu et le rend hostile à de nombreux pathogènes. L’impact sur la croissance des animaux semble bénéfique sous réserve d’une concentration adaptée.
Une corrélation positive entre la dose d’extrait de catappa et le poids corporel du poisson peut être attribuée à certains composés phénoliques qui agissent non seulement comme stimulants et agents anti-stress, mais aussi comme facteurs de croissance. L’extrait de feuilles de catappa agit comme un bio-médicament favorisant un mécanisme de réponses immunitaires spécifiques. Les tests faits sur plusieurs provenances de feuilles démontrent que les plus rouges sont les plus dosées en principes actifs. À contrario, un excès de concentration peut avoir un effet inverse dans l’équilibre du bac et sur les poissons.

De la collecte à l’emploi
La collecte des feuilles se fait à la main. Par facilité, elles sont souvent collectées aux abords des plages où elles subissent les embruns marins portés par le vent. Elles doivent être récoltées avec précaution, puis mis à plat. Seules les feuilles arrivées à maturité sont utiles pour notre usage aquariophile. La feuille doit être nettoyée et séchée avant d’être conditionnée. Dans l’idéal, le pétiole est coupé et la feuille lavée. En fonction de son origine, sa couleur varie du brun rouge ou brun foncé. Diverses tailles de feuilles sont proposées à la vente, de Small à XL (15 et 25 cm de longueur). Pour leur stockage, les feuilles doivent être conservées à l’abri de la lumière, au mieux dans des sacs en papier.

Son usage en aquariophilie
Certains éleveurs ne voient que par la « catappa ». Avant son emploi, il est conseillé de laver les feuilles à l’eau tiède. Une grande feuille suffit pour un volume de 30 à 50 litres en usage courant. L’eau va se colorer peu à peu et les paramètres physico-chimiques vont changer. Il est conseillé d’effectuer des tests réguliers et une surveillance accrue, surtout dans le cadre d’une utilisation « en traitement ».

Diverses études ont apporté la preuve d’une action bénéfique sur la santé des poissons. Pour exemple, il est démontré que :
- L’utilisation des feuilles chez Betta splendens permet d’améliorer la cicatrisation des blessures. Il a été prouvé une augmentation de l’épaisseur de la kératine des écailles. Sa présence apporte une amélioration de la qualité de l’eau et une augmentation de la formation de nids de bulles sans avoir d’effets négatifs.
- Une amélioration du taux de survie des alevins
- Une feuille en cours de décomposition développe une multitude de micro-organismes qui créent un biofilm utile à l’équilibre de l’aquarium, et une nourriture complémentaire indispensable pour les crevettes. Cela les aide à combattre les parasites et facilite les mues.
- Action positive sur l’état général des Tilapia destinés à la consommation humaine par une lutte efficace sur Trichodina spp. et par une action antifongique sur les œufs démontrant même une efficacité supérieure à celle de l’extrait d’ail ou du formol.
- Traitements bénéfiques chez les crevettes tigres géantes pouvant être atteintes par un protozoaire de type Zoothammium spp. qui adhère aux branchies et aux autres appendices, touchant même certains organes internes.
- Diminution significative du nombre de Dactylogyrus spp. en cas d’attaque chez le poisson rouge.
- Action cicatrisante et régénérante sur les nageoires des kois.
- Influence positive sur la mue des crevettes, des crabes et des écrevisses.
- Des tests in vitro montrent l’efficacité des feuilles de Terminalia catappa contre de multiples souches bactériennes des poissons ornementaux. La poudre de feuille dosée à 0,50 g /L a conduit à de meilleurs taux de survie chez certaines espèces de Channa juvéniles.

Au-delà de ces exemples, les vertus exprimées par cette feuille sont bien réelles. Son dosage reste à affiner en attendant la mise à disposition de produits adaptés et titrés apportant un dosage précis. Mais la méthode de l’utilisation empirique n’a-t-elle pas ouverte la voie à bien des substances et des traitements dans l’attente d’une réponse technique ou scientifique ?
Mise en oeuvre
En aquariophilie, l’utilisation de la catappa comme nourriture est fréquente. Les crevettes, les crabes et autres écrevisses la consomment volontiers, apportant ainsi les bienfaits requis. En prévention, une grande feuille de catappa est suffisante pour 50 à 100 litres d’eau d’aquarium. Lorsque les problèmes de pathologies surviennent, il est conseillé de doubler la quantité de feuilles. Il est reconnu que les substances actives diffusées s’épuisent au bout de deux semaines environ. Pour cette raison, il est préferable de retirer l’ancienne feuille et de la remplacer par une nouvelle.

Quelques tests comparatifs effectués sur des feuilles d’origines différentes
L’idée était de tester les feuilles de Terminalia catappa de sources différentes :
- Produit manufacturé sur un modèle de feuille « small » de localisation inconnue vendu par une marque internationale
- Feuilles collectées et séchées par nos soins en identifiant précisemment chaque localité de récolte
Le test est réalisé dans des bocaux de verre d’un volume d’un litre, rempli d’eau osmosée pure. Toutes les feuilles ont la même surface et sont rincées à l’eau osmosée juste avant le test. La température est de 20°C. Ce test ne prend en compte que les valeurs pH et conductivité. Pour être complet, il manque la partie test des principes actifs difficiles à vérifier sans le recours d’un laboratoire spécialisé.
| Temps | Feuille small manufacturée | Indonésie — Nord de Bali | Philippines — Siquijor plage |
|---|---|---|---|
| H0 début | 7 / 10 | 7 / 10 | 7 / 10 |
| H + 1h | 7,1 / 30 | 7,1 / 30 | 7 / 30 |
| H + 2h | 6,7 / 70 | 6,7 / 70 | 6,7 / 60 |
| H + 3h | 6,3 / 110 | 6,3 / 110 | 5,9 / 80 |
| H + 4h | 6,3 / 150 | 6,3 / 130 | 5,8 / 110 |
| H + 12h | 5,6 / 150 | 5,4 / 130 | 4,6 / 110 |
| H + 36h | 5,8 / 180 | 5,5 / 150 | 4,9 / 120 |
| Temps | Thaïlande — plage du Sud | Thaïlande — Bangkok ville | Île de la Réunion |
|---|---|---|---|
| H0 début | 7 / 10 | 7 / 10 | 7 / 10 |
| H + 24h | 5,6 / 220 | 5,8 / 190 | 4,8 / 480 |
| H + 48h | 5,6 / 250 | 5,5 / 300 | 4,9 / 530 |
| H + 72h | 5,5 / 250 | 5,9 / 300 | 4,9 / 540 |
En conclusion, l’utilisation du catappa pour abaisser le pH de l’eau est à relativiser en fonction de leur provenance.
Texte : Michel Dantec / Photos : F. Fasquel sauf mention contraire — Ouverture : Éric Quéré
📖 Cet article est paru dans AQYA n°5 (mars-avril 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.