Le gourami perlé, Trichopodus leerii, emblème d’une aquariophilie responsable

Doté d’une robe parsemée de nacre et de longues nageoires pelviennes effilées, le gourami perlé (Trichopodus leerii) est un véritable joyau asiatique. Ce labyrinthidé majestueux fascine par sa biologie et son tempérament paisible. L’accueillir s’inscrit dans une démarche responsable : il exige un bac spacieux, une eau calme et une végétation luxuriante. Découvrez comment recréer son biotope pour conjuguer esthétisme et respect du vivant.

L’habitat naturel

Bien que son aire de distribution soit relativement vaste, de la péninsule malaise jusqu’aux îles indonésiennes de Sumatra et Bornéo, Trichopodus leerii se raréfie dans certaines zones, jusqu’à disparaître totalement de certains biotopes. Le centre de la Thaïlande est particulièrement touché en raison de la perte d’habitat liée à la dégradation résultant de la conversion des tourbières et des zones humides en terres agricoles. Il est estimé que le niveau de déclin devrait se poursuivre et pourrait approcher 30 % à travers son aire de répartition dans les 10 à 20 prochaines années.

Une étude réalisée en 2013 par l’Université de Bung Hatta (Padang-Sumatra) confirme sa raréfaction en milieu naturel. Heureusement, tout récemment, en 2018, un nouveau biotope a été découvert en Thaïlande, près de Sungai Ko Loc dans la Province de Narathiwat, proche de la frontière Malaise. Autrefois dangereuse pour des raisons politiques, cette zone est restée relativement préservée.

Il existe également des populations identifiées de Trichopodus leerii qui ont été introduites, à la fois à Singapour et en Colombie.

Rivière bordée de forêt tropicale, biotope naturel du gourami perlé en Thaïlande
Biotope naturel dans la province de Narathiwat de Trichopodus leerii

Présentation de l’espèce

Le gourami perlé, ou gourami mosaïque, Trichopodus leerii, est une grande espèce qui peut atteindre la taille de 12 centimètres. Reproduit en quantité en captivité, il est disponible sur le marché aquariophile, soit au stade juvénile (3 à 4 cm) soit au stade d’individus matures (environ 8 à 10 cm).

Le mâle T. leerii est surtout remarqué par la couleur rouge-orangé présente sur la gorge, descendant vers le ventre. Ses nageoires pelviennes, de la même couleur, ressemblent à deux longs filaments qui lui servent d’organes tactiles. Le corps est haut, compressé latéralement, gris violacé couverts de taches réticulées avec des reflets nacrés. Une ligne sombre horizontale en zig-zag part de la bouche pour se terminer à la base de la caudale. Les nageoires anale et dorsale se terminent par des extensions filamenteuses.

La femelle présente une robe moins soutenue en couleur. Le dimorphisme sexuel est tardif. Il se remarque principalement à la morphologie de la nageoire dorsale qui est allongée et en pointe chez le mâle, alors que celle de la femelle est arrondie. A maturité, cette dernière présente un abdomen rebondi. La bouche étant relativement petite, il leur faut une alimentation adaptée à celle-ci.

Gourami perlé mâle sauvage adulte, gorge rouge-orangé caractéristique
Trichopodus leerii mâle sauvage adulte de Sungai Ko Lok
Gourami perlé femelle sauvage adulte, robe nacrée moins colorée
Trichopodus leerii femelle adulte sauvage de Sungai Ko Loc

T. leerii est doté d’un organe annexe de respiration, le labyrinthe. Cet organe est situé dans une cavité au-dessus du crâne, il est composé de nombreux replis membraneux richement vascularisés. Il lui permet d’absorber le dioxygène de l’air atmosphérique afin de complémenter sa respiration branchiale.

Gourami perlé mâle venant prélever sa bulle d'air à la surface de l'aquarium
Trichopodus leerii mâle venant respirer à la surface

Taxonomie de l’espèce

Décrit par BLEEKER en 1852, Trichopodus leerii doit son nom en l’honneur de J.M. Van LEER qui était un collègue du descripteur.

Trichogaster ou Trichopodus ? En 1997, une demande de révision du nom de genre a agité le petit monde de l’aquariophilie. Les gouramis du genre Trichopodus étaient déjà connus comme étant Trichogaster à la suite d’une interprétation erronée de l’espèce type par Myers en 1923 et ce jusqu’à cette demande en révision. Depuis 2013, le nom scientifique en vigueur est Trichopodus leerii, mais il reste beaucoup plus connu des aquariophiles sous son ancien taxon Trichogaster leerii.

Maintenance

La grande taille de cette espèce nécessite un volume d’eau conséquent pour une maintenance optimale. Un bac de 120 x 40 x 50 cm, soit 240 litres brut, doit être considéré comme un minimum si l’on souhaite organiser un aquarium d’ensemble de type asiatique.

Si possible, un aquarium plus large que haut permet de disposer des racines afin de donner du relief au décor qui sera plus agréable à regarder et qui sera plus proche de son milieu naturel. Ces points de fuites ainsi réalisés permettront aux poissons dominés de fuire pour se protéger. Implanter des tiges de bambous verticalement apportera une touche exotique, des refuges et des endroits calmes pour s’y reposer.

Un sol nutritif adapté, de couleur sombre, sert de substrat aux plantes. Quelques galets disposés de façon harmonieuse délimitent les massifs.

Concernant les paramètres de l’eau, des valeurs moyennes sont acceptées, les extrêmes ne lui sont pas tolérables. Une eau moyennement douce, un pH de 6.5 à 7.2, une T° de 26 à 28°C sont des valeurs optimales. L’aquarium est densément planté, tout en laissant une belle zone de nage en façade. Parmi un large choix, on peut planter Hygrophila spp., Rotala spp., Eusteralis stellata, Najas indica, Barclaya longifolia. Microsorum pteropus peut être coincé dans le décor alors que les mousses (telles Vesicularia spp., Taxiphyllum spp.) sont fixées sur les racines. Le genre Crytocoryne spp. offre un large choix de plantes basses. Ceratopteris thalictroides, Riccia fluitans, sont idéales pour une couverture partielle de la surface en créant des zones ombragées et pouvant servir de support à la construction d’un nid de bulles. Un éclairage adapté complète l’équipement.

Aquarium densément planté sur le thème d'une population asiatique pour le gourami perlé
Bac d’ensemble sur le thème d’une population asiatique avec Trichopodus leerii et un banc de Trigonostigma truncata

Une filtration efficace de deux fois le volume par heure est conseillée. T. leerii ne supporte pas les mauvaises conditions de maintenance. Une charge organique trop importante lui est néfaste et peut déboucher sur des problèmes de maladies. Pour pallier à cela, un changement du tiers du volume d’eau de l’aquarium est conseillé tous les 10 jours, en veillant à respecter les mêmes paramètres et qualités physico-chimiques de l’eau.

Le couvercle est fortement recommandé. D’une part, il évite un saut intempestif des poissons sur la moquette et d’autre part il permet de conserver une atmosphère humide, entre la surface de l’eau et le couvercle, très appréciée des gouramis qui viennent y prélever leur bulle d’air. L’espèce est omnivore. Pour son alimentation, une nourriture sèche sous forme de granulés lui convient. Elle est complétée par un apport de proies vivantes telles les drosophiles, les vers Grindals, les daphnies, les artémias et les larves de moustique.

Une population adaptée

Trichodopus leerii est un poisson timide. La maintenance conjointe de grandes espèces, y compris celle d’autre Trichopodus spp. est envisageable dans des volumes supérieurs à 300 litres. Elle est à déconseiller dans des volumes plus restreints à cause du stress engendré et d’une emprise pouvant amener une issue fatale. Dans un tel bac, deux couples peuvent cohabiter sans encombre. Il faut éviter les poissons trop vifs et ceux qui ont tendance à grignoter les nageoires tel Puntigrus tetrazona.

Barbus de Sumatra Puntigrus tetrazona, poisson déconseillé avec le gourami perlé
Puntigrus tetrazona est déconseillé comme colocataire

Le choix est large pour leurs compagnons de vie. Un banc d’une douzaine de Trigonostigma truncata et six Kryptopterus bicirrhis rappelle le milieu naturel car ils cohabitent dans le même biotope du sud de la Thaïlande tout comme les kuhlis Pangio myersi et semicincta qui seront particulièrement discrets.

Banc de Trigonostigma truncata, rasboras arlequins, compagnons du gourami perlé
Trigonostigma truncata est un Rasbora arlequin
Kryptopterus vitreolus, silure de verre vivant dans le même biotope que le gourami perlé
Kryptopterus vitreolus vit en groupe dans le même biotope que T. leerii

À défaut un banc d’une autre espèce de rasbora arlequin comme T. espei ou T. heteromorpha fait l’affaire. Les petits cyprinidés Danio choprae et Puntius titteya seront de bons compagnons.

Pangio semicincta, une des espèces de kuhli, poisson de fond discret
Pangio semicincta est une des espèces de kuhli
Petit groupe de Danio choprae, cyprinidés compagnons du gourami perlé
Danio choprae animera l’ensemble du bac

Le fond du bac n’est pas oublié avec un petit groupe d’Ambastaia sidthimunki issu d’élevage. Quelques crevettes Amano Caridina multidentata, participeront à l’entretien de l’aquarium et à la régulation des algues avec quelques nérites en renfort.

Ambastaia sidthimunki, loche naine reproduite en élevage
Ambastaia sidthimunki est maintenant reproduit très couramment ce qui le préserve de la disparition
Caridina multidentata, la crevette Amano, auxiliaire d'entretien de l'aquarium
Caridina multidentata, la célèbre crevette Amano

Reproduction

Nous sommes en présence d’un constructeur de nid de bulles, parfois rudimentaire, que le mâle édifie à grand coup de chapelet de bulles très fines. Il est souvent ancré sous une plante de surface.

La reproduction est possible en bac d’ensemble mais le résultat ne sera pas à la hauteur des espérances de l’éleveur. Le bac spécifique est conseillé. Celui-ci aura une capacité d’au moins 50 à 80 litres, le fond sera sombre, et aura une végétation abondante. Une plante de surface comme Riccia fluitans sert de support au nid de bulles d’une dizaine de centimètres et de faible épaisseur. En plus de servir de cachette pour la femelle afin qu’elle ne subisse pas constamment les assauts du mâle, une belle touffe de Mousse de Java est source d’infusoires pour nourrir les futurs alevins. L’atmosphère entre la surface de l’eau et le couvercle doit être maintenue saturée d’humidité et, si possible, plus chaude (30 °C) que l’eau (28 °C), qui est de préférence plus douce et légèrement plus acide que d’habitude.

Gourami perlé sous son nid de bulles avant la ponte
L’étreinte sous le nid de bulles avant la ponte — photo M. Dantec

Dans un premier temps, le mâle peut écarter la femelle, parfois brutalement avant de débuter la parade nuptiale. Celle-ci consiste en des courses poursuites au travers du bac et des tâtonnements de contact faits avec les nageoires pelviennes. L’étreinte se déroule sous le nid et débouche sur la ponte qui s’effectue en plusieurs phases pouvant durer 3 heures durant lesquelles la femelle peut libérer de 500 à 700 ovules, très petits, immédiatement fécondés par le mâle. Les œufs montent naturellement vers la surface où le mâle les positionne avec attention entre chaque phase de ponte. Celle-ci terminée, il faut retirer la femelle tandis que le mâle, après avoir soufflé quelques bulles d’air surveille le nid. Il s’occupe seul du nid, des œufs puis des alevins. L’éclosion des œufs survient au bout de 2 jours, les alevins restant suspendus au nid. Après quatre jours, ils commencent à nager, il est temps de retirer le mâle. Les alevins sont nourris d’infusoires, puis de nauplies d’artémia. La formation du labyrinthe est la période critique dans l’élevage des alevins. La différence de taille est importante entre eux. Leur croissance est liée à la quantité et à la qualité de la nourriture distribuée. Ils doivent être nourris quatre à six fois par jour avec des infusoires, des anguillules du vinaigre et des micro-vers. Les nauplies ne sont distribuées qu’après le dixième jour.

Parade nuptiale d'un couple de gouramis perlés
La parade nuptiale — photo M. Dantec

Vers l’âge d’un mois, ils présentent une ligne horizontale noire. Quinze jours plus tard, on aperçoit la mosaïque d’écailles se dessiner sur la partie haute du corps. Seuls les plus grands présentent ce patron. Ce motif semble donc ne pas être lié à l’âge mais à la taille du poisson. À l’âge de six semaines, les plus gros alevins atteignent la taille de deux centimètres. Ils mangent sans difficulté tout ce qui est proposé, si c’est adapté à la taille de leur bouche. Des changements d’eau réguliers sont nécessaires afin de stimuler leur croissance et de limiter la charge organique dans le bac d’élevage.

Juvéniles de gourami perlé de 2 à 3 cm issus d'une même ponte
T. leerii juvéniles de 2 à 3 cm issus d’une même ponte
Jeune gourami perlé de 6 cm devant une plante d'aquarium
T. leerii juvénile de 6 cm s’est bien gavé malgré sa petite bouche

Conclusion

Compte tenu de la situation délicate de T. leerii dans le milieu naturel, il est important de choisir uniquement des spécimens d’élevage. La reproduction en captivité assure leur pérennité. C’est un beau challenge d’éleveur à réaliser.

Texte : Michel Dantec — Photos : Frédéric Fasquel sauf mention contraire


📖 Cet article est paru dans AQYA n°6 (mai-juin 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.