Originaire d’Asie du Sud-Est, Rotala rotundifolia est une plante palustre incontournable qui se distingue par sa capacité à passer du vert au rouge intense selon la puissance de l’éclairage. Cette espèce à croissance rapide est idéale pour composer des massifs denses, colorés voire flamboyants, en étant moins exigeante que d’autres. Elle offre aujourd’hui une diversité de cultivars spectaculaires pour l’aquarium.

Écologie
Le genre Rotala regroupe des plantes aquatiques ou amphibies décoratives, à la fois hydrophytes et hélophytes, parfois difficiles à cultiver. De nombreuses variétés sont proposées à la vente, dont certaines sont très appréciées, rivalisant entre elles par leur beauté décorative.
Rotala rotundifolia est une plante palustre originaire de l’Asie du Sud-Est où elle possède une large répartition. Elle est connue de l’Inde au Japon et jusqu’en Chine. Elle s’adapte à des températures relativement basses. Elle colonise de préférence les marécages jusqu’aux zones humides situées en altitude et a tendance à envahir le milieu en raison de sa croissance rapide.

Un peu de botanique
L’espèce a été classée à l’origine sous le basionyme Ammannia rotundifolia par (Roxburgh) Koehne en 1880. Rotala rotundifolia a été importée aux alentours de 1960 sous le nom de Rotala indica, qui s’est avérée être une espèce différente.
Morphologie
C’est une plante palustre à tige rampante ou flottante, très décorative. Les feuilles immergées, de 1 à 2 cm de long, sont décussées-opposées, sessiles ou à pétiole court. Elles sont ovales à allongées, fixées sur des inter-nœuds espacés d’environ 2 cm. La face supérieure est vert olive à rouge intense en fonction de l’ensoleillement ; la face inférieure est légèrement rougeâtre. Sa culture en milieu immergé donne des feuilles plus allongées et moins épaisses que les plantes cultivées en situation émergée. La tige érigée est fortement ramifiée. L’inflorescence, sous la forme d’une grappe dense, porte de petites fleurs solitaires de couleur lilas pâle à mauve qui apparaissent à l’aisselle des tiges. Elle fleurit hors de l’eau et produit de très petites graines suite à sa pollinisation par les insectes.

Exigences
Beaucoup moins exigeante que Rotala indica ou R. macrandra, elle s’adapte mieux aux conditions de l’aquarium. C’est une plante idéale pour réaliser des massifs colorés. Elle préfère un sol léger et nutritif, une eau légèrement acide à moyennement dure. L’apport d’engrais liquide contenant du fer est nécessaire. Un complément de fumure en CO₂ lui est bénéfique, ainsi que l’apport d’oligo-éléments.
Très gourmande en lumière, sa couleur rougeâtre dépend de la puissance lumineuse disponible ; elle apprécie un appoint en lumière solaire. La plante est sujette à l’envahissement par les algues filamenteuses, qu’il convient d’éliminer dès leur apparition. Une bonne circulation d’eau entre les tiges permet l’élimination des déchets ou dépôts limitant sa vitalité. Comme souvent chez ce type de plantes, elle présente l’inconvénient de perdre les feuilles aux étages inférieurs en laissant une tige nue inesthétique. Ceci peut être masqué par un élément de la décoration ou par la plantation d’un massif d’une espèce basse.
Culture
La plante accepte volontiers une fourchette de température située entre 20 et 30 °C. Lors de la plantation, il convient de laisser un espace libre suffisant entre chaque tige afin qu’il n’y ait pas de concurrence pour la lumière et de conserver son aspect flamboyant. La fragilité de la tige nécessite de créer un avant-trou dans le sol, puis de l’y placer en rabattant le substrat autour. Un massif d’une quinzaine de tiges de taille échelonnée apporte un bel effet de profondeur. Sa croissance est rapide, au rythme d’une dizaine de centimètres par mois.
Sa multiplication se fait par bouturage de tête ou par prélèvement des pousses latérales qui se développent spontanément. Il est nécessaire d’étêter les tiges régulièrement pour éviter qu’elles n’émergent. Les jeunes pousses, d’au moins 15 cm et déjà pourvues de radicelles, sont prêtes au repiquage.


Cette plante convient bien pour les aquariums de taille moyenne à grande, en adaptant la proportion du massif au volume du bac par un élagage régulier. Le massif peut être taillé en fonction de sa position dans l’aquarium : touffe régulière masquant le fond du bac, ou en dégradé pour la terrasse. Le pincement de la pousse terminale ou la coupe franche à quelques centimètres du sol incite la tige à faire des rejets et donc à produire de nouvelles tiges. On évite de l’implanter à proximité de plantes à fort développement afin d’éviter sa régression.
Multiplication
La multiplication de Rotala rotundifolia s’effectue principalement par bouturage des tiges. La production de rejets à la base des feuilles est abondante. La croissance rapide oblige à une taille fréquente et permet sa diffusion à d’autres aquariophiles. Les professionnels la développent en culture in vitro afin d’obtenir plus rapidement de nouveaux cultivars. La multiplication sexuée par l’obtention de graines, bien que possible, n’est pas adaptée à l’aquariophilie.


Un peu de diversité
Afin de varier les plaisirs décoratifs de l’amateur, de nouvelles variétés (morphes ou cultivars) sont disponibles sur le marché.
« Orange Juice »
Rotala rotundifolia « Orange Juice » est une variante spectaculaire. Ses feuilles plus élancées sont vert clair sous un faible éclairage, jusqu’à devenir orange profond sous une lumière intense avec un apport en CO₂.

« Green »
Rotala rotundifolia « Green » ressemble beaucoup à l’espèce nominale. À la différence de cette dernière, elle conserve sa jolie couleur verte même sous une lumière favorable. Elle a la particularité de développer une multitude de pousses latérales qui étoffent rapidement le massif.

« Laos »
Rotala rotundifolia « Laos » provient de la région éponyme. Elle est extrêmement décorative et s’adapte à tout type de conditions de culture. Ses tiges brun rougeâtre forment un joli contraste avec le vert clair à vert olive de son feuillage, qui peut prendre une légère coloration dans les tons rouge-orangé.

« H’ra »
Rotala rotundifolia « H’ra » est issue de la culture in vitro. Ses feuilles sont étroites et sa croissance sera presque exclusivement rampante si on lui offre une bonne fertilisation et du CO₂ avec une lumière intense. Elle passe alors d’un vert tendre à un orange éclatant. Sa capacité à modifier sa coloration selon les conditions de culture en fait une plante originale, idéale pour créer un joli massif coloré pour le premier plan de l’aquarium.


« Blood Red »
Rotala rotundifolia « Blood Red » est la variante la plus intensément colorée de rouge. Le contraste est assuré si elle est placée à côté d’un massif de plantes vert clair. Un éclairage intense et un apport en CO₂ sont nécessaires pour arriver à un tel résultat. Une autre de ses particularités est de produire de nombreux rejets latéraux sur la tige, qui peut être arquée afin de faciliter leur développement.


En résumé : la fiche AQYA
| Nom scientifique | Rotala rotundifolia (Roxburgh) Koehne (1880) |
| Nom commun | Rotala à feuilles rondes |
| Famille | Lythraceae |
| Origine géographique | Asie du Sud-Est |
| Taille | 30 à 50 cm |
| Croissance | rapide |
| Difficulté | facile |
| Éclairage | intense |
| Qualité d’eau | pH 5–7,5 ; KH > 3° ; GH 1 à 10° |
| Température | 18–30 °C |
| Sol nutritif | riche |
| Engrais | CO₂ + fer chélaté |
| Particularité | sa coloration rouge augmente avec l’intensité lumineuse |


Glossaire
- Cultivar : plante obtenue en culture, sélectionnée et cultivée car montrant un ou des caractères spécifiques différents de l’ensemble.
- Hydrophyte : plante semi-aquatique qui nécessite d’avoir les racines mouillées, sans jamais supporter la moindre sécheresse.
- Hélophyte : plante typique des milieux marécageux, dont l’organe de pérennisation se situe sous le niveau de l’eau tandis que les pousses aériennes émergent.
- Verticille : ensemble d’organes similaires (feuilles, fleurs, fruits…) insérés circulairement autour d’un axe commun.
Texte : Michel Dantec — Photos : Frédéric Fasquel. Remerciements : à M. Derrick Lim et la société APC pour leur accueil chaleureux, leur disponibilité et leur aide à chacune de nos visites.
📖 Cet article est paru dans AQYA n°5 (mars-avril 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.