Plus petit que T. heteromorpha, le poisson arlequin, Trigonostigma espei est cependant plus coloré et moins farouche, d’autant plus intéressant à maintenir en bac communautaire.
Description
Trigonostigma espei atteint au maximum la taille de 4 cm. Ce magnifique cyprinidé asiatique se distingue de son cousin, T. heteromorpha, par un corps plus allongé et une couleur cuivrée à rougeâtre plus intense sur les flancs où s’insère le triangle noir présentant parfois des reflets bleu nuit. Le dos et le ventre sont légèrement dorés alors que les nageoires ne présentent aucun motif. Seul, un ton rouge-orangé se révèle sur la dorsale et les deux lobes de la caudale. Certains mâles présentent une coloration bleutée sur le corps, transformant la couleur cuivrée en rose magenta. La coloration s’étend de plus en plus sur le corps avec l’âge.
Initialement, T. espei a été décrit sous le nom de Rasbora espei.


Maintenance
L’espèce est grégaire ; un banc d’une dizaine d’individus est souhaitable. T. espei est une espèce paisible, peu farouche, idéale pour le bac communautaire car elle rassure les poissons timides. Un volume de 60 à 80 litres lui permet de s’ébattre en toute quiétude. L’espèce occupe de préférence l’espace médian et inférieur de l’aquarium. Les relations de dominance au sein du groupe permettent de maintenir les poissons actifs et colorés. L’aquarium, bien planté est ombragé par une couverture végétale. Quelques racines sont disposées parmi la plantation sur un sol plutôt sombre. Des plantes à feuilles larges telles Cryptocoryne spp., Microsorum pteropus ou à défaut Echinodorus spp., sont mises à disposition avec des plantes fines (Limnophila sessiliflora) pour procurer des cachettes.
Une eau aux paramètres similaires du biotope est préférable pour une bonne longévité. Une dureté moyenne, avec une température de 23 à 26 °C et un pH compris entre 6.5 et 7 sont des paramètres à respecter. L’espèce peut supporter temporairement des températures plus élevées. Un apport d’eau osmosée peut être utile si l’eau de conduite est trop dure. Une filtration efficace de deux à trois fois le volume du bac complète l’équipement. Un changement d’eau régulier (tous les 15 jours) d’un quart du volume permet d’aspirer les déchets et limite la charge organique.
Ce petit rasbora cohabite sans difficulté avec d’autres petites espèces non agressives telles diverses petites loches (Pangio sp. -Kuhli-), d’autres Cyprinidés (Puntius titteya, les petites espèces de Danio spp. (D. choprae, D. rerio, D. rerio « frankei ») de petites crevettes Red Cherry. Cette espèce résistante aux maladies a une espérance de vie d’environ 3 ans.
Alimentation
T. espei est un microprédateur à tendance insectivore. Il accepte tous les types d’aliments, à partir du moment qu’ils sont adaptés à sa petite bouche. Ils ont une nette préférence pour les proies vivantes (zooplancton, nauplies d’artémias, larves de moustiques, vers de vase) qui entretiennent son instinct naturel de prédation. Les aliments congelés usuels et la nourriture sèche sont donnés en alternance afin de varier l’apport nutritionnel pour éviter certaines carences (vitamines, …)

Reproduction
La reproduction, plus délicate que T. heteromorpha, est cependant possible. Cela demande une certaine technicité de la part de l’éleveur. La qualité de l’eau est primordiale, avec un pH se situant autour de 5.0 à 6.0 et une dureté totale la plus basse possible. La température est supérieure de 1 à 2°C à la normale, pouvant atteindre 28°C. Les poissons matures âgés de plus d’un an sont les meilleurs reproducteurs.
Les femelles âgées ont souvent la grappe ovarienne calcifiée à cause d’une maintenance dans une eau trop dure. Le dimorphisme sexuel externe n’est visible que chez les adultes de plus d’un an. La femelle est plus ronde et plus haute de corps que le mâle qui a des couleurs plus soutenues sur le corps et les nageoires impaires.

Les poissons ne prodiguent aucuns soins parentaux. Les œufs sont fixés sur la face inférieure des larges feuilles de plantes (Cryptocoryne spp.). La ponte a souvent lieu le matin. Elle est précédée d’une parade entre partenaires. La femelle se retourne et présente son ventre en l’air, vers la face inférieure d’une feuille. Le mâle émet sa semence au moment où elle dépose ses ovules dans un léger frémissement du corps. Après le frai, les parents, friands de leurs propres œufs, sont enlevés du bac de ponte qui doit rester dans l’obscurité pendant 24 à 48 heures.
Les œufs et les alevins sont très fragiles, sensibles aux mycoses. Après l’éclosion, ces derniers tombent au sol le temps de résorber leur sac vitellin. Cinq jours plus tard, ils peuvent manger des infusoires et à mesure de leur croissance, des anguillules, des micro-vers puis des nauplies d’artémias.
Biotope
Son habitat varie selon sa localité de vie. Il vit en banc et colonise principalement des ruisseaux forestiers sous le couvert des plantes de berges. L’eau est courante, légèrement colorée à noire, et plutôt douce, faiblement acide à neutre. Le sol est parsemé de feuilles et de branches. Ces environnements sont souvent faiblement éclairés en raison de la végétation aquatique et la présence d’un couvert forestier sur les berges (ripisylve). Les poissons se mettent à l’abri des prédateurs dans les entrelacs des racines des arbres qui plongent dans l’eau.

Dans la zone de Krabi, au Sud de la Thaïlande, T. espei vit dans un milieu de nature karstique où l’eau est claire, neutre à légèrement alcaline, en présence de Betta simplex. Au sol on trouve des nérites noires sur les roches et des crevettes endémiques du genre Macrobrachium spp. parmi les feuilles qui tapissent le fond. Selon son biotope, le pH peut varier de 6.5 à 7.5 et la température fluctue au rythme des saisons, de 23 à 26°C.
Dans ce milieu on relève aussi la présence d’espèces introduites, telles Echinodorus cordifolius, Cabomba caroliniana, Sarotherodon melanotheron (tilapia à menton noir). Jusqu’à plus amples renseignements, il semblerait qu’il existe deux populations de cette espèce. Originaire du sud-ouest de la Thaïlande et de l’est du pays, près de la frontière avec le Cambodge, T. espei voit son aire de répartition se prolonger jusqu’au bassin de la rivière Prek Tuk Sap, dans le sud-ouest du Cambodge. Sa présence est aussi constatée sur le plateau karstique de Krabi et sur l’île de Phu Quoc, au Vietnam. Ceci est principalement dû à l’évolution géologique antérieure à notre époque où le réseau hydrographique était différent.
Pour les passionnés du bac biotope, voici un exemple de population observée in situ à Krabi : T. espei, Danio kerri, Devario regina, Puntigrus partipentazona, Dermogenys siamensis, Aplocheilus panchax, Betta simplex, Macrognathus siamensis et Mastacembelus armatus, Barbodes lateristriga (T barb). Pour les plantes : Cryptocoryne cordata cordata, Microsorum pteropus, Riccia fluitans, Hydrilla verticillata, Limnophila sessiliflora, Nymphaea sp. (Lotus tigré).
Aperçu systématique
Ordre : Cypriniformes
Sous Ordre : Cyprinoidei
Famille : Danionidae
Sous Famille : Rasborinae
Genre : Trigonostigma
Espèce : espei
Nom scientifique : Trigonostigma espei
Descripteur : Meinken, 1967
Protonyme : Rasbora heteromorpha espei
Synonymes : Rasbora heteromorpha espei, Rasbora espei
Nom commun : Rasbora de Lambchop
Etymologie :
Trigonostigma : Gr. – tria = 3 ; gonias = côté ; stigmate = signal (signal à 3 côtés)
espei : Eponymie : en référence à Heinrich Espe, marchand de poissons d’ornements

En résumé : la fiche AQYA
| Nom scientifique | Trigonostigma espei Meinken 1967 |
| Nom commun | Rasbora de Lambchop |
| Famille | Danionidae |
| Taille adulte | 4 cm |
| Origine géographique | sud-ouest de la Thaïlande ; sud-ouest du Cambodge, île de Phu Quoc, au Vietnam |
| Qualité d’eau requise | pH 5-6 ; T° 23-28°C ; KH : 1-3° ; GH : 1-8° |
| Volume minimum | 60 litres |
| Type de bac | communautaire ; bac planté |
| Mode de vie | en banc |
| Comportement | vif et paisible |
| Zone de vie | zone médiane de l’aquarium |
| Longévité estimée | 3 ans |
| Alimentation | microprédateur à tendance insectivore |
| Reproduction | ovipare (Ovulipare) |
| Particularité | pond sur la face inférieure des plantes à feuilles larges |
| Spécimens le plus souvent disponible | Sauvages |
| Statut UICN | préoccupation mineure (LC) |
Information légale
La possession de poissons en aquarium requiert une approche éthique et responsable afin de respecter les animaux. L’acquisition de Trigonostigma espei pour peupler votre aquarium ne doit pas être un achat impulsif. Il est essentiel de s’informer sur ses besoins spécifiques (qualité de l’eau, dimensions de l’aquarium, comportement, alimentation). Soyez vigilants à ne pas le mélanger avec d’autres espèces aux conditions de maintenance trop différentes. Seuls les poissons ayant des exigences similaires de maintenance devraient être maintenus ensemble dans un même aquarium.
Afin de préserver la vie sauvage, cet animal que vous souhaitez acquérir ne doit jamais être relâché dans le milieu naturel.
Texte : Michel Dantec / Photos : Frédéric Fasquel
📖 Cet article est paru dans AQYA n°1 (juillet 2025). Téléchargez le numéro complet en PDF.