Une nourriture vivante, ignorée de la majorité des aquariophiles, sans entretien, toujours disponible, beaucoup plus petite que la nauplie d’artémia, pour démarrer la grande majorité des alevins d’espèces ovipares et faire le régal de celles à petites bouches… Découvrez l’élevage des anguillules du vinaigre.
Présentation
L’anguillule du vinaigre (Turbatrix aceti) est un petit ver rond (nématode) qui peut apparaître naturellement dans du vinaigre. Aussi fin qu’un cheveu, mesurant 2 millimètres de long, c’est une proie idéale pour déclencher l’instinct de chasse des alevins et des petits poissons.
Cette proie vivante, facile à élever et à distribuer, a la particularité de rester vivante plus de 24 heures dans l’eau. Elle nage dans le milieu aquatique et occupe toutes les strates de l’aquarium alors que les micro-vers vont tomber sur le fond et ne survivent que quelques heures.
L’anguillule est un excellent complément aux poudres micronisées adaptées aux alevins.
Mise en œuvre d’une culture
La technique de mise en œuvre d’une culture est basique. La première étape sera de vous procurer une souche de démarrage auprès d’un ami aquariophile, d’un club…
Ensuite, il vous faut les ingrédients suivants :
🍎 Les ingrédients de la culture
• 750 ml de vinaigre de cidre
• 750 ml de jus de pomme ou de cidre brut
• ½ pomme (si possible bio)
• 2 morceaux de sucre
Concernant le matériel, il suffit d’un bocal ou d’une carafe d’au moins deux litres. Dans l’idéal, il est préférable de dédoubler la culture afin de vous prémunir d’un éventuel accident, comme celui de casser le contenant ou de renverser par mégarde le milieu de culture par un geste malencontreux. Cela permet également d’alterner la collecte dans chaque bocal toutes les 2 semaines, si vous prélevez tous les jours sur une longue période, leur multiplication étant plus lente que celle des micro-vers.


Après avoir rincé à l’eau claire les contenants, vous allez verser en part égale le vinaigre de cidre et le jus de pomme ou le cidre. Vous ajoutez la demi-pomme avec sa peau, préalablement lavée et coupée en 2 ou 3 morceaux, puis deux sucres.
Vous laissez le mélange se stabiliser pendant 24 à 48 heures et vous ajoutez la souche d’anguillules… Vous patientez environ quatre semaines, le temps que la souche se développe. Cela demande plus de temps que la culture de micro-vers, opérationnelle en seulement 3 ou 4 jours suivant la température ambiante.
💡 Petite recommandation
Un tampon de mousse, ou un voile maintenu par un bracelet élastique, clôt l’orifice du récipient afin d’éviter les poussières et surtout la présence de drosophiles qui peuvent être attirées par ce mélange agréablement aromatique !
⚠️ Attention !
Il faut éviter de remplir le contenant à plus de 80 % afin de laisser suffisamment d’air pour les échanges gazeux et ne pas asphyxier les anguillules.
La récolte
Les anguillules, une fois adaptées à ce nouveau mélange, se multiplient et prolifèrent lentement mais sûrement. Voici le moment de la récolte.
À chacun sa technique, le plus simple est le mieux. Un collecteur à long col, de type fiole jaugée de laboratoire, a notre préférence. Différents volumes sont disponibles. Pour un petit élevage, 100 ml suffit pour nourrir plusieurs fois par jour une trentaine d’alevins. Pour une plus grande quantité vous pouvez opter pour 250 ou 500 ml. Pour quelques alevins, un tube à essais, ou le tube en verre d’un thermoplongeur désaffecté sont aussi utilisables si vous les placez dans un bocal de verre pour les maintenir droit, ou sur un support à éprouvette !
Vous versez le mélange de culture jusqu’aux deux tiers du collecteur. Vous introduisez un tampon d’ouate de perlon ou de mousse que vous faites glisser jusqu’au contact du liquide à l’aide d’une baguette, d’une pince à planter, voire même d’une aiguille à tricoter ou un pic à brochette. Vous complétez avec de l’eau claire de conduite ou osmosée que vous versez délicatement jusqu’à 3 ou 4 millimètres sous le sommet du collecteur.
C’est fini ! Il ne reste plus qu’à attendre que les anguillules fassent le travail pour vous. Afin d’éviter l’asphyxie, elles vont passer la barrière du tampon de perlon pour arriver dans l’eau claire en quelques heures.
L’acidité résiduelle du milieu de culture n’affecte en rien les paramètres physico-chimiques de l’eau de votre aquarium ou du bac d’élevage.


La distribution
À l’aide d’une pipette ou d’une seringue, vous prélevez le mélange eau et anguillules que vous distribuez directement à vos poissons. Simple, rapide et efficace !!!
Vous pouvez remplir à nouveau le collecteur pour une seconde récolte, voire une troisième récolte, si le volume du collecteur dépasse les 100 à 200 ml. Évidemment plus le collecteur est grand plus la quantité d’anguillules obtenue est importante. Il vous suffira d’optimiser en fonction du nombre d’alevins que vous aurez à nourrir.
Après quoi, le milieu étant épuisé, vous retirez le perlon et vous reversez le milieu de culture dans le bocal. Vous pouvez prélever à nouveau au bout de quelques minutes, le temps que les dépôts de pomme soient retombés au fond. En travaillant par alternance, une quinzaine de jours par bocal, cela laisse suffisamment de temps à la souche pour se régénérer, permettant ainsi de prélever quotidiennement pendant plusieurs mois.
Après le rinçage du perlon et du récipient de collecte, votre matériel est prêt pour un nouveau cycle… et ainsi de suite ! Plusieurs tubes ou fioles collecteurs peuvent être utilisés en décalage afin de ne pas manquer de nourriture si vous souhaitez nourrir les alevins plusieurs fois par jour.

Conclusion
Cet élevage de proies vivantes simple à mettre en œuvre se conserve à température ambiante (20-25 °C) et peut être utilisé pendant 6 à 12 mois sans avoir autre chose à faire. Vous disposerez ainsi d’une nourriture vivante de très petite taille disponible en moins de 2 à 3 heures (le temps de la collecte).
Au-delà d’un an, ou 6 mois en zone tropicale, il est recommandé de faire un repiquage de la souche par sécurité.
Texte : Michel Dantec — Photos : Frédéric Fasquel (sauf la photo d’ouverture, de Michel Dantec)
📖 Cet article est paru dans AQYA n°2 (septembre 2025). Téléchargez le numéro complet en PDF.