Ce champion toute catégorie offre aux aquariophiles toute une palette de couleurs et de formes qui n’en finissent pas de nous étonner. Son caractère bien trempé en fait un poisson qui a su s’imposer dans le paysage aquatique.
Origine

Betta splendens, le combattant du Siam, est une espèce ayant une très large aire de répartition. Elle se rencontre principalement en Thaïlande, du nord de la péninsule jusqu’au Laos. Il existe plusieurs populations de B. splendens introduites par l’Homme dans d’autres régions du monde, telle la province de Jambi, Sumatra (Tan & Ng, 2005).
Il a également été introduit au Brésil, en Colombie, aux Philippines, en République Dominicaine, à Singapour et aux États-Unis, où de petites colonies se seraient établies. La forme sauvage de Betta splendens existe dans presque toute la partie du sud-est asiatique. Il est toutefois difficile de dire à quel point l’Homme a contribué à son expansion. D’après Horst Linke, B. splendens ne se trouve, à l’état sauvage, qu’en Thaïlande, ce qui a été confirmé par les dernières études (Kowasupat et al., 2012a, 2012b ; Khune, 2014).
Son biotope, un milieu menacé


Dans son milieu naturel, notre betta sauvage (à nageoires courtes) occupe des zones aquatiques ou palustres, sous le couvert de la végétation, dans des eaux peu profondes, calmes ou stagnantes, de 24 à 30 °C. Le pH peut varier de 6,0 à 8,0 pour une dureté totale de 1° à 20° GH. Il est endémique de la Thaïlande, des bassins du Khlong Chao Mae et Phraya, du versant oriental des montagnes de Cardamome et de l’isthme de Kra. Sa présence est relevée au Laos. Il vit dans les marais, les zones inondées, les canaux d’irrigation, les rizières.
Des populations de type sauvage, à l’origine des variétés domestiquées, peuvent encore être trouvées dans des zones reculées d’Asie du Sud-Est. Elles permettent des études comparatives entre les souches de type sauvage et domestiquées.

Son habitat, dans la majorité de la zone de distribution géographique, est souvent converti en terres agricoles intensives, ou pollué, en particulier dans le centre de la Thaïlande. Cette espèce est ainsi menacée par la dégradation de son biotope, à laquelle s’ajoute l’érosion génétique du stock d’élevage vivant dans les habitats sauvages. Actuellement, son étendue exacte et sa zone d’occupation sont mal connues, mais l’espèce est localement devenue rare. Elle est évaluée comme étant « Vulnérable » en raison du déclin d’environ 30 % de sa population sur l’ensemble de sa zone.
Description
Le dimorphisme sexuel est évident. Les mâles présentent des couleurs plus lumineuses, comprenant du rouge, du vert et du bleu. Les femelles sont à dominance brune et possèdent des bandes horizontales plus sombres sur les côtés. De plus, la papille génitale blanche est généralement bien visible, entre les nageoires pectorales et la nageoire anale. Nous sommes loin des couleurs intenses et des motifs variés des formes de sélection.


Une respiration originale

Notre combattant a la faculté de respirer le dioxygène de l’air atmosphérique grâce à un organe supra-branchial que l’on dénomme labyrinthe et qui a donné son nom générique à la famille des « Labyrinthidés ». Cet organe annexe de respiration est situé dans le crâne, à l’arrière de la tête. Il est composé de nombreux replis osseux, recouverts d’un épithélium richement vascularisé. En fonction de la température du milieu, notre combattant peut remonter à la surface plus ou moins fréquemment pour prélever sa bulle d’air salvatrice. Ceci lui permet de supporter des températures élevées dans des eaux pauvres en dioxygène dissous.
Comportement et cohabitation
D’allure nonchalante, notre combattant n’en est pas moins un poisson de caractère. Son agressivité intraspécifique et interspécifique doit être prise en compte dans un aquarium d’ensemble. En effet, il peut s’attaquer aux petites espèces comme les guppys. Mais il peut à son tour être la victime de certaines espèces comme les Danio spp. (Danio rerio) ou les barbus de Sumatra (Puntigrus tetrazona) qui peuvent grignoter ses longues nageoires.
Pour respecter une cohabitation harmonieuse, le choix des espèces est donc important. Composer un aquarium biogéographique, c’est respecter un certain mélange des genres, avec des espèces ayant une taille voisine de notre combattant. Selon le volume de votre aquarium, on peut opter pour Trichopsis pumila, mais aussi Trigonostigma heteromorpha ou truncata, T. espei, Rasbora borapetensis et quelques Pangio spp. (kuhlis). Bien qu’originaire du Sri Lanka, Puntius titteya sera également un excellent colocataire.

Maintenance

Betta splendens est peu exigeant quant aux paramètres de son milieu. Il accepte des valeurs moyennes pour peu qu’elles ne deviennent pas extrêmes. Un pH de 6,5 à 7,2 et un TH compris entre 8 et 15 °f sont corrects, pour une température minimum de 23 °C.
Dans le cadre de l’aquarium tout équipé, le matériel pour la filtration est fourni. Très souvent, le rejet de sortie de la pompe est puissant, ce qui peut gêner notre poisson. L’utilisation d’un tube percé d’une rangée de trous suffit pour briser la puissance du rejet afin de ne pas troubler la quiétude des animaux. Le courant ainsi réduit suffit pour homogénéiser la température. Un changement d’eau de 20 % du volume est à effectuer tous les dix jours avec une eau de qualité égale et de même température.
Les plantes jouent un rôle important dans l’aquarium : elles offrent refuge et support de ponte. Riccia fluitans, Salvinia auriculata, sans oublier Ceratopteris cornuta et thalictroides, sont autant de plantes susceptibles de servir de support au nid de bulles pour notre combattant. Ces plantes peuvent occuper jusqu’aux trois quarts de la surface, laissant une partie d’eau libre facilitant sa venue en surface pour prélever de l’air. Cela permet d’ajouter dans cette zone des plantes plus gourmandes en lumière. Hygrophila spp., Limnophila sessiflora, Rotala rotundifolia trouvent leur place à côté d’une touffe de mousse de Java. Un tapis de Cryptocoryne spp. met en valeur la zone ombragée, et les racines disposées au centre de l’aquarium, sur lesquelles peuvent être fixés quelques pieds de Microsorum pteropus à l’aide d’un fil à pêche. La zone centrale supérieure, dégagée de toute astreinte, laisse le champ libre aux poissons tels que les Rasbora qui viennent y évoluer.
Alimentation

Notre combattant est un poisson omnivore à tendance carnivore. Une seule et unique nourriture tout au long de sa vie peut induire des carences, même si son aliment est bien étudié. À une ration de granulés du commerce adaptée à l’espèce, et par conséquent à sa bouche, on alterne des proies congelées. Le caviar du moment reste la distribution d’une proie vivante (vers de vase rouges, artémias), pour éviter un comportement apathique : cela va l’inciter à nager, bref à chercher sa nourriture comme son aïeul le faisait dans son milieu naturel. Les drosophiles et les grindals, dont l’élevage est facile à réaliser, peuvent faire partie de sa ration alimentaire. Vive la diversification !

Reproduction

Pour reproduire ce magnifique poisson, il suffit d’un aquarium de trente à soixante litres. Femelle et mâle peuvent être introduits ensemble dans l’aquarium à condition que celui-ci soit bien garni en cachettes. La méthode la plus sûre consiste à installer une séparation entre les partenaires (récipient transparent flottant du type pot à confiture) dans lequel la femelle est installée. Le mâle commence rapidement la construction de son nid de bulles (bulles d’air entourées de salive).
La présence de bandes verticales sur le corps de la femelle et d’une pastille génitale blanche proéminente sont le signe qu’elle est prête à se reproduire. Vous pouvez la libérer. Les couleurs du mâle s’intensifient, il se met à danser devant elle. Vif comme l’éclair, le mâle parade, essaie de l’attirer sous le nid. Ce n’est qu’après de nombreuses approches que la ponte débute. La tête inclinée vers le bas, elle est prête. Le mâle enlace sa partenaire. Après quelques tentatives improductives en guise de préliminaires, les premiers ovules sont émis, aussitôt fécondés par le mâle.
Chaque fois, le couple reste sans bouger pendant quelques secondes, comme paralysé. Le mâle se dégage généralement le premier. Dès qu’il voit les œufs tomber, son premier réflexe est de se jeter à leur poursuite : il faut les rattraper avant qu’ils ne touchent le sol, sur lequel ils seront alors peu visibles. À la sortie de sa léthargie, la femelle vient souvent aider le mâle à récupérer les œufs, qui sont placés dans le nid à grands coups de museau.
Sitôt la ponte terminée, il est conseillé de soustraire la femelle au regard du mâle en la pêchant. En bon père de famille, il va veiller sur sa progéniture. Il ramasse les œufs qui tombent du nid et, plus tard, fait de même avec les alevins. Les œufs éclosent au bout de 24 heures, les larves atteignent la nage libre deux jours plus tard. Il est alors temps de retirer le mâle. Au début, les alevins doivent être nourris avec des anguillules, des micro-vers, puis les nauplies d’artémias font l’affaire. Comme avec tous les « Labyrinthidés », il faut se méfier de la période de formation de cet organe de respiration supplémentaire et veiller à l’étanchéité du couvercle pendant les deux à cinq premières semaines, pour que l’eau et l’air au-dessus soient à la même température. Les alevins grossissent sans problème et vous pouvez déjà penser à séparer les mâles dès l’âge de trois mois, en fonction de leur croissance.



Quand la tradition perdure

En Thaïlande, les combats de combattants restent encore ancrés dans la tradition. Les paris vont bon train et les poissons victorieux se vendent très cher. En parallèle, les concours de beauté (Show Betta) ont de plus en plus de succès. La sélection des formes et des couleurs offre aux éleveurs la possibilité d’obtenir des sujets de belle qualité, au point de participer à de nombreux concours de beauté. L’engouement du grand public pour ce poisson augmente chaque année. En France, Betta splendens est considéré comme une espèce domestique.
Historique
Introduit en 1874 pour la première fois en France, la première reproduction du combattant est réussie par Jeunet en 1892. Depuis, la forme de sélection du Betta splendens n’a cessé d’évoluer. Plus près de nous, dans les années 1960, W. & L. Young ont contribué très fortement à son évolution moderne, de même que les travaux du docteur E. Schmidt-Focke. La fin des années 1980 voit apparaître les formes symétriques du poisson. L’un des pionniers français de cette saga du Show Betta est Guy Delaval.
Du milieu naturel à la sélection
Que chacun se rassure ! Il n’est aucunement question de manipulation génétique. La sélection faite par les éleveurs est basée sur la variabilité du génome (allèles) du poisson. Nous appliquons le principe de base de la loi de Mendel, à la différence près que nous ne sommes plus en face d’un seul caractère, mais au contact d’une multitude de gènes, dominants ou récessifs (ou codominants). L’arbre généalogique est indispensable à l’éleveur pour une bonne gestion de ses souches et de son élevage. L’outil informatique facilite la conservation de la traçabilité du travail de sélection effectué.





L’évolution de la sélection du Show Betta est en perpétuel mouvement. La symétrie et l’équilibre du corps sont les points forts de la sélection. Une taille minimale est aussi requise, avec 38 mm pour le mâle et 32 mm pour la femelle, hormis pour le Betta giant qui, lui, dépasse toutes ces normes. Au-delà de la forme — nageoires longues, voiles courts, etc. — les couleurs sont bien présentes. Qu’il soit multicolore, unicolore, marbré, il y en a pour tout le monde, en passant par toutes les nuances !
Mais comment savoir si l’on a élevé un « beau » Show Betta ? Tout simplement en participant à des concours où s’affrontent des éleveurs talentueux, venant de tous les horizons, qui présentent les poissons issus de leur élevage. Concours, quand tu nous tiens…
En résumé : la fiche AQYA
| Nom scientifique | Betta splendens (Regan, 1910) |
| Nom commun | Poisson combattant, combattant du Siam |
| Famille | Osphronemidae |
| Taille adulte | 4 à 5 cm |
| Origine géographique | Sud-est asiatique (Thaïlande) |
| Qualité d’eau | pH 6,5–7,2 ; KH 1–3° ; GH > 10° |
| Température | 23–28 °C |
| Volume minimum | 10 L (mâle solitaire), 50 L pour un trio (1 mâle, 2 femelles) |
| Type de bac | communautaire planté |
| Comportement | paisible avec ses colocataires, agressif avec ses congénères |
| Zone de vie | proche de la surface |
| Longévité estimée | 2 à 3 ans |
| Alimentation | essentiellement carnivore |
| Reproduction | ovipare (ovulipare) |
| Statut UICN | Vulnérable (VU) |
| Spécimens disponibles | élevage |


Aquariophilie responsable
La possession de poissons en aquarium requiert une approche éthique et responsable afin de respecter les animaux. L’acquisition de Betta splendens ne doit pas être un achat impulsif. Il est essentiel de s’informer sur ses besoins spécifiques (qualité de l’eau, dimensions de l’aquarium, comportement, alimentation). Soyez vigilants à ne pas le mélanger avec d’autres espèces aux conditions de maintenance trop différentes. Afin de préserver la vie sauvage, cet animal ne doit jamais être relâché dans le milieu naturel.
Texte : Michel Dantec — Photos : Frédéric Fasquel (sauf mentions contraires). Remerciements : à Pent et Sprit de Pranburi pour la découverte d’un biotope de Betta splendens, à Giovanni et Uan de SIAM AQUARIUM pour leur aide indéfectible.
📖 Cet article est paru dans AQYA n°3 (novembre 2025). Téléchargez le numéro complet en PDF.