Devenue une espèce phare en aquariophilie, la crevette naine Neocaridina davidi séduit par sa taille modeste et sa palette de couleurs vives. Originaire d’Asie, ce petit décapode colonise les zones calmes des rivières et s’adapte bien à la vie en aquarium. Découvrez les secrets de sa maintenance, de l’importance du biofilm pour son alimentation à la gestion de ses mues, pour réussir son élevage.
Origine et biotope naturel
Neocaridina davidi est originaire d’Asie. Elle vit dans les zones calmes peu profondes des cours d’eau sur les bassins versants des îles et plaines tempérées et subtropicales de la Chine, de Taïwan, du Japon et de la partie continentale de l’Asie du Sud-Est. Sa répartition géographique est assez mal connue en raison de la difficulté d’identification précise de l’espèce. La description de celle-ci a été faite sur la base de spécimens collectés par l’abbé David dans le Sud de la Chine et lui a été dédiée. La température des cours d’eau de cette région a une grande fluctuation, de 6 à 8 °C l’hiver pour atteindre 30 °C en plein été. Elle colonise les zones de feuilles mortes au fond des rivières ainsi que les zones en surface couvertes par la végétation des berges.

Remarque taxonomique
La classification des crevettes d’eau douce a évolué au fil des décennies. Neocaridina davidi a longtemps été désignée sous les noms Neocaridina heteropoda ou Neocaridina denticulata dans la littérature aquariophile et scientifique plus ancienne. Les analyses génétiques récentes ont permis de clarifier ces synonymies, mais il subsiste encore des débats pour certaines populations sauvages, d’où la difficulté d’identifier sa réelle répartition géographique.
Morphologie générale
Comme tous les décapodes, la crevette naine Neocaridina davidi est un petit crustacé d’eau douce de 2 à 3 cm, muni de 10 pattes (5 paires, 3 seulement sont utilisées pour marcher, les 2 autres servent à s’alimenter en picorant sur le substrat). Les yeux à l’extrémité d’un pédoncule lui permettent une bonne vision périphérique de son environnement. Celle-ci est complétée par 1 paire d’antennes et 2 paires d’antennules au dessus. Son corps est protégé par une carapace segmentée. Sa tête appelée également céphalothorax est munie d’un rostre assez long et cranté qui est un élément important pour la détermination de l’espèce.
Le corps est couvert de segments abdominaux. Sur le ventre des pléopodes lui servent à nager ainsi qu’à retenir et protéger les œufs pour les femelles. La queue munie d’uropodes lui permet de se diriger lors de la nage mais également de fuir par un recul rapide lorsqu’elle replie brusquement celle-ci.


La croissance des décapodes : la mue
Les décapodes comme tous les arthropodes possèdent un squelette externe rigide (= cuticule ou carapace) qui les empêche d’avoir une croissance continue comme tous les vertébrés. Pour assurer leur croissance, il mue, cela correspond à un phénomène continu qui débute à l’apolyse où se produisent de nombreux phénomènes, le plus important étant celui de la constitution d’une nouvelle cuticule sous l’ancienne. Quand celle-ci est suffisamment épaisse vient l’étape de l’exuviation où une ligne de déhiscence se rompt grâce à des mouvements stéréotypés et un gonflement de l’organisme (en avalant de l’eau). Ces mouvements lui permettent de sortir de son ancienne cuticule (= exuvie).



Il s’est écoulé moins d’une minute entre la première et la dernière photo.
L’individu se gonfle au maximum pour grandir le plus possible avant que sa cuticule ne durcisse. Cette période est délicate pour l’animal car il reste immobile et sa cuticule reste fragile quelques temps.
Une multitude de couleurs
Les Neocaridina davidi sont apparues dans les aquariums il y a une trentaine d’années. C’est la forme rouge qui fut la première sélectionnée d’où son nom de Red Cherry. Les souches « ornementales » modernes sont le résultat d’élevages sélectifs intensifs dont il résulte parfois des mutations de la coloration. Celles-ci sont fixées par une sélection rigoureuse des éleveurs et continuent d’évoluer. De nouvelles colorations apparaissent au fil des années. Afin de ne pas diluer ces couleurs, il est vivement conseillé de ne pas les mélanger pour éviter des fécondations croisées.







Décoration d’un bac pour crevettes naines
La décoration d’un aquarium de Neocaridina davidi ne relève pas uniquement de l’esthétique. Un décor d’inspiration naturelle apporte de nombreux bénéfices biologiques et comportementaux, tant pour les crevettes que pour la stabilité globale du bac. Racines, pierres naturelles et feuilles mortes constituent des surfaces idéales pour le développement du biofilm (bactéries, microalgues, protozoaires). Ce biofilm représente une source alimentaire permanente, essentielle pour les juvéniles et les adultes. Un décor structuré et riche en cachettes, diminue le stress lié à la promiscuité ou à la présence de poissons. Des crevettes moins stressées muent mieux, se reproduisent plus facilement et présentent des couleurs plus intenses. Les feuilles de catappa, chêne, hêtre et les fruits d’aulne ou de filao libèrent des tanins et des acides humiques. Ceux-ci ont un léger effet antibactérien, favorisent un pH plus stable et se rapprochent des conditions naturelles des crevettes naines.

Cohabitation et maintenance
Neocaridina davidi est une crevette pacifique et grégaire qu’il convient de garder en groupe. Elle ne s’occupe pas des autres habitants de l’aquarium qu’elle partage facilement avec les petites espèces de cyprinidés tel que Boraras maculatus ou de characidés comme Hyphessobrycon amandae. Il est préférable d’éviter les poissons de fond comme les loches et les loricaridés qui vont les concurrencer dans la consommation du biofilm.
Si la température n’a guère d’importance pour cette crevette qui peut vivre à température ambiante, une bonne qualité d’eau est primordiale pour les conserver en bonne santé. Un changement d’eau hebdomadaire de 15 à 20 % du volume du bac permet une stabilité de l’ensemble. Elle sera décantée au préalable une journée et utilisée à la même température que celle de l’aquarium.

Alimentation
Neocaridina davidi est une crevette omnivore opportuniste mais elle s’alimente naturellement en picorant le biofilm qui se développe sur les roches et les feuilles mortes, d’où l’importance d’ajouter dans le décor des feuilles, des gousses en plus de morceaux de racines. Une multitude d’aliments spécialisés sont proposés dans le commerce, bien évidemment les qualités diffèrent. Vous devez surtout varier l’alimentation, entre granulés, lollies, nourriture congelée et végétaux frais (carotte, courgette, brocoli, …). Il faudra récupérer ce qui n’a pas été consommé dans la journée afin d’éviter les pics d’ammoniaque.
De petites portions 3 à 4 fois par semaine en plus du biofilm naturel sont suffisantes sauf si elles cohabitent avec des poissons, le nourrissage quotidien de ces derniers servira de base.

Dimorphisme sexuel
La femelle est plus grande, plus trapue, avec un abdomen élargi. La fameuse « selle » ovarienne est visible chez les femelles non gravides, tandis que les mâles restent plus fins et souvent moins colorés.


Reproduction
La reproduction des Néocaridés est synchrone avec la mue, la cuticule de la femelle est souple et ses organes sexuels fonctionnels. Elle libère des phéromones provoquant une forte activité des mâles qui parcourent frénétiquement le bac. Un accouplement a lieu pendant lequel le mâle dépose un spermatophore près des organes génitaux de la femelle. Lorsqu’elle va émettre ses ovules, ceux-ci sont immédiatement fécondés. La femelle porte les œufs sous l’abdomen, fixés aux pléopodes. Elle les ventile continuellement afin d’assurer un apport constant en dioxygène et éviter les infections fongiques. Les œufs sont de couleur jaune ou verdâtre. On distingue nettement les yeux des embryons en fin de développement.


L’éclosion intervient au moins 3 semaines plus tard. Cela peut varier considérablement en fonction de la température de l’eau. Les jeunes sont expulsés par la femelle en agitant ses pléopodes.
Toute variation brutale de température, de pH ou de conductivité pendant cette période peut provoquer une perte partielle ou totale de la ponte. Il est conseillé d’éviter toute manipulation inutile (capture, transfert, nettoyage majeur du filtre) pendant la gestation. Une alimentation régulière mais parcimonieuse, combinée à une eau propre et stable, constitue la meilleure garantie d’un succès reproductif.


Aperçu systématique
- Ordre : Décapodes
- Sous-ordre : Pleocyemata
- Famille : Atyidae
- Sous-famille : Atyinae
- Genre : Neocaridina
- Espèce : davidi
- Descripteur : Bouvier, 1904
- Protonyme : Caridina davidi
- Synonyme : Neocaridina heteropoda, Hippolyte denticulatus
- Nom commun : Crevette Red Cherry, crevette cerise naine
Étymologie :
Neocaridina : du grec ancien neo (nouveau) + karis (crevette) = nouvelle crevette
davidi : en hommage à l’abbé David qui a découvert cette espèce au XIXe siècle

En résumé : la fiche AQYA
| Nom scientifique | Neocaridina davidi (Bouvier, 1904) |
| Nom commun | Crevette Red Cherry |
| Famille | Atyidae |
| Taille adulte | 1,5 à 2,5 cm |
| Origine géographique | Chine |
| Qualité d’eau requise | pH : 6,5-7,2 ; KH : 1 à 3° ; GH : >10° |
| Température | 12 °C à 32 °C |
| Volume minimum | 20 litres |
| Type de bac | bac planté |
| Mode de vie | en groupe |
| Comportement | paisible |
| Zone de vie | au sol principalement |
| Longévité estimée | 2 à 4 ans |
| Alimentation | détritivore |
| Reproduction | ovipare |
| Statut UICN | Données manquantes (DD) |
| Spécimens disponibles | élevage |
Information légale
Posséder des animaux en aquarium requiert une approche éthique et responsable afin de les respecter. L’acquisition de Neocaridina davidi pour peupler votre aquarium ne doit pas être un achat impulsif. Il est essentiel de s’informer sur ses besoins spécifiques (qualité de l’eau, dimensions de l’aquarium, comportement, alimentation). Soyez vigilants à ne pas la mélanger avec d’autres espèces aux conditions de maintenance trop différentes. Seuls les animaux aquatiques ayant des exigences similaires de maintenance devraient être maintenus ensemble dans un même aquarium.
Afin de préserver la vie sauvage, cette crevette d’ornement ne doit surtout jamais être relâchée dans le milieu naturel car elle pourrait facilement le coloniser comme c’est déjà le cas dans certaines régions de milieux tempérés lorsque les conditions le permettent. Les aquariophiles doivent respecter les réglementations locales relatives aux espèces importées et éviter absolument toute introduction en milieu naturel.

Texte : Julien Wannepain — Photos : Frédéric Fasquel. Remerciements : à Giovanni et Uan de SIAM AQUARIUM pour leur aide indéfectible, à la société 88 aquarium pour leur contribution.
📖 Cet article est paru dans AQYA n°4 (janvier 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.