De la serre à l’aquarium : les secrets d’une culture éco-responsable

Saviez-vous que les plantes d’aquarium ne sont plus prélevées dans la nature ? Aujourd’hui, elles sont cultivées dans des serres spécialisées ou des laboratoires de pointe. Des robustes plantes à rosette, à rhizome ou à tige en culture émergée aux délicates boutures in vitro, plongez dans les coulisses fascinantes de la production végétale moderne, qui offre des spécimens parfaits pour créer de magnifiques paysages en aquarium comme en aquaterrarium.

Serre dédiée aux Anubias cultivés en parterres
Serre entièrement dédiée aux Anubias, avec culture dans des parterres au sol.

La culture plutôt que la collecte en milieu naturel

Depuis de nombreuses années, la très grande majorité des plantes destinées aux aquariums ne sont plus prélevées dans la nature, mais sont cultivées dans des serres, des laboratoires et, seulement pour quelques rares espèces totalement aquatiques comme les Vallisneria spp., dans des bassins.

La plupart des plantes qui poussent dans nos aquariums sont en réalité des plantes palustres. Elles vivent dans les zones humides et marécageuses et ne sont immergées qu’en saison des pluies, parfois pendant des périodes très courtes, pour d’autres au contraire plus de la moitié de l’année. Le reste du temps, elles sont émergées. Pendant cette période, elles peuvent fleurir et donc avoir une multiplication sexuée.

Cette capacité à pouvoir s’adapter au gré des saisons, à être émergées puis immergées, est mise à profit par les producteurs de plantes pour les cultiver beaucoup plus facilement à l’air libre. Cela permet de supprimer le développement des algues, de choisir la taille de commercialisation, etc. Le feuillage émergé plus épais est également moins fragile, ce qui facilite la manipulation, le transport des plantes et le stockage en magasins.

Salle climatisée pour la croissance des plantes in vitro
Salle climatisée avec éclairage artificiel pour la croissance des plantes en culture in vitro.

La culture des plantes à rosette

Ce groupe de plantes se reconnaît à la répartition de son feuillage autour d’une base centrale d’où part le réseau racinaire, qui peut évoquer une rosette. Les espèces palustres les plus présentes dans les aquariums sont les Cryptocoryne et les Echinodorus. L’engouement pour ces dernières a cependant fortement régressé après des années fastes où apparaissaient tous les trimestres de nouvelles variétés hybrides développées en laboratoire.

Toutes ces plantes peuvent croître naturellement émergées dans la nature. Elles sont donc cultivées en pots dans des serres tropicales avec une très forte hygrométrie. Les jeunes plants proviennent de la multiplication végétative naturelle. Ils sont prélevés sur les pieds-mères ou, pour certaines espèces, produits en culture in vitro. Ils sont placés dans un cube de laine de roche, souvent avec quelques billes d’engrais encapsulé, avant d’être placés dans des pots en plastique grillagé et déposés sur des tables ou des goulottes de culture hors sol à hauteur d’homme, afin de faciliter le contrôle et l’entretien.

Table irriguée pour Lagenandra et Cryptocoryne en pots
Table irriguée pour les plantes en pots, ici Lagenandra et Cryptocoryne.
Table de goulottes pour la culture des Echinodorus
Table composée de goulottes pour maintenir les pots, ici d’Echinodorus.

L’eau est enrichie d’engrais destinés à accélérer la croissance du feuillage et de traitements contre les nématodes et autres parasites. Un suivi régulier par les jardiniers permet d’éliminer les feuilles qui s’abîment jusqu’à l’obtention d’une plante harmonieuse. Suivant les espèces, cela dure quelques semaines à plusieurs mois. Lorsqu’elles ont enfin atteint leur taille commercialisable, il reste un travail de nettoyage minutieux.

Suivant le choix du commanditaire, elles peuvent être conditionnées en pots et parfois en bouquets. Après un premier tri dans les serres, les plantes sont apportées à un poste de nettoyage où une ouvrière va parer chaque pied, essuyer chaque feuille et remplacer le cube de laine de roche et l’engrais encapsulé. Suivant la taille de la plante, elle en regroupera plusieurs avant de les remettre dans un nouveau pot. Ceux-ci sont alors placés dans un bassin carrelé pendant quelques jours pour éliminer les derniers insectes qui auraient pu résister, afin de répondre aux normes phytosanitaires.

Nettoyage des Echinodorus avant commercialisation
Nettoyage des Echinodorus avant la commercialisation.
Bassin de stockage des plantes avant expédition
Bassin de stockage des plantes pour éliminer les insectes avant l’expédition.

La culture des plantes à rhizome

Ce groupe de plantes en aquariophilie se résume essentiellement à 4 genres : Anubias, Bolbitis, Bucephalandra et Microsorum. Il se caractérise par un feuillage résistant apprécié des aquariophiles, mais elles ont une croissance particulièrement lente. Il faut donc du temps et bien évidemment de la place. Une fois énoncé, cela permet de comprendre leur prix plus élevé.

La culture est également faite majoritairement en pot, sur les mêmes tables et goulottes que les plantes à rosette ; seuls les paramètres de température et d’hygrométrie sont différents. Chaque serre est donc dédiée à seulement 2 ou 3 espèces. Par exemple, Anubias, Bolbitis et Microsorum peuvent être regroupés ensemble, alors que les Bucephalandra nécessitent des conditions différentes. Des sondes placées dans chaque serre permettent de contrôler les paramètres de température et d’hygrométrie. Ces informations sont gérées en continu par un programme informatique qui pilote la pulvérisation d’eau et le fonctionnement de ventilateurs servant à évacuer la chaleur. Le rafraîchissement des serres est assuré par le passage de l’air au travers d’une paroi filtrante imbibée d’eau plus fraîche. Cette gestion est affinée en permanence en fonction des résultats obtenus pour chaque espèce.

Serre de Microsorum avec sa ventilation
Serre de Microsorum, avec la ventilation visible en arrière-plan.
Collecte de rhizomes sur un parterre d'Anubias barteri
Collecte des rhizomes sur un parterre d’Anubias barteri.

Les pieds-mères des variétés les plus courantes d’Anubias barteri sont cultivés dans des parterres fortement drainés. Il faudra attendre entre 6 mois et 1 an avant de commencer à prélever des portions de rhizome qui serviront de nouveaux plants pour la production. En fonction des besoins, ils seront placés dans des pots ou fixés sur des racines ou des roches. Une période de croissance de plusieurs semaines sera encore nécessaire avant la commercialisation.

Anubias barteri fixé sur une roche
Anubias barteri sur roche.
Nettoyage feuille par feuille d'un Anubias barteri
Nettoyage feuille par feuille d’Anubias barteri.

Bolbitis et Microsorum restent, eux, cultivés en pots et sont multipliés par prélèvement des diverticules du rhizome principal. Il faut plus de 6 mois pour amener ces plantes à une taille suffisante. Là aussi, la préparation avant l’expédition est importante. Comme le feuillage est plus résistant, les ouvrières utilisent une bande de mousse enroulée autour du pouce pour nettoyer chaque face des feuilles, ainsi qu’une brosse à dents pour le rhizome et la base des pétioles.

La culture des plantes à tige

Ce groupe de plantes se caractérise par un axe principal, la tige, qui porte les feuilles à chaque nœud, où se trouvent également des bourgeons en dormance. Lorsque la partie supérieure est coupée, ces bourgeons peuvent se développer et donner de nouvelles tiges. Cela permet de produire de nouvelles plantes identiques au pied-mère. La croissance est beaucoup plus rapide que celle des plantes à rhizome ainsi que des plantes à rosette. Ce sont les espèces les plus présentes dans les aquariums. Leur coût est moindre, la multiplication rapide, mais elles nécessitent un entretien plus fréquent et souvent un éclairage plus puissant pour développer un feuillage coloré et bien étoffé. Les principaux genres permettant la culture émergée sont Alternanthera, Bacopa, Hygrophila, Limnophila, Ludwigia et Rotala.

Parterre de Bacopa salzmannii Purple
Parterre de Bacopa salzmannii Purple.

La plantation se fait en pleine terre, sur un sol riche et bien irrigué, en ajoutant également des engrais pour améliorer la croissance. Il ne reste plus qu’à couper les parties terminales des tiges d’une longueur d’environ 20 cm pour ensuite confectionner les bouquets ou préparer les pots suivant la demande du client. Là encore, cela nécessite un important travail manuel. La base de chaque tige est effeuillée sur une longueur de 3 cm pour éviter le pourrissement pendant la période de stabulation jusqu’à la vente en magasin.

Collecte de tiges d'Alternanthera bettzickiana variegata
Collecte des tiges d’Alternanthera bettzickiana variegata.
Réalisation d'un bouquet de plantes lesté par une bague
Réalisation d’un bouquet et lestage par une bague.

Pour confectionner un bouquet, l’ouvrière utilise une fine bande de mousse qu’elle enroule progressivement en positionnant chaque tige. Suivant le cahier des charges, 5 à 10 tiges composent le bouquet. Une bague de terre cuite le maintient et le leste. Il ne reste plus qu’à couper aux ciseaux la partie basse des tiges, au ras de la mousse, pour finaliser le bouquet. Pour la confection des pots, les tiges sont placées en sandwich dans un cube de laine de roche qui est ensuite glissé dans un pot en plastique lesté par une rondelle en poterie.

La culture in vitro

Contrairement aux cultures précédentes, cela nécessite un protocole de laboratoire. Cette technique permet de générer une plante entière à partir de cellules ou tissus végétaux cultivés sur un gel nutritif en milieu stérile, afin d’éviter toute contamination biologique (moisissure, mousse, etc.). Cela demande donc beaucoup de précautions et des locaux aménagés tout spécialement pour garder un environnement stérile. Les souches mères sont développées dans des bocaux en verre. Lorsque les plantes ont rempli le pot, elles sont divisées à nouveau.

Poste de travail pour la culture in vitro
Poste de travail pour la culture in vitro.
Préparation du méristème en culture in vitro
La préparation du méristème.

La technicienne va opérer sur un plan de travail aménagé derrière une vitre. Pour éviter toute source de pollution à l’ouverture du bocal, les plantes sont prélevées avec des pinces stérilisées sur la flamme d’un brûleur et sont déposées sur une feuille de papier neuve. Elle coupe les feuilles et les racines avec un scalpel lui aussi stérilisé à la flamme juste au préalable, et ne conserve que le méristème, qui est ensuite partagé en 4 ou 5 parties. Lorsque toutes les plantes du bocal ont été découpées, elle prend un nouveau bocal stérile, dépose des méristèmes sur le fond garni de gélose nutritive, puis le ferme avec un couvercle. Le papier avec les feuilles et les racines qui ont été retirées est jeté avant de renouveler l’opération avec le pot suivant.

Supports avec bocaux en verre de culture in vitro
Supports avec bocaux en verre.
Cryptocoryne albida rouge en sachet scellé
Cryptocoryne albida rouge en sachet scellé.

Toutes ces plantes sont ensuite mises en croissance dans une pièce climatisée sans fenêtre, sur des étagères éclairées par des tubes LED. Cet aménagement permet de maîtriser les paramètres de température et de lumière. Pour la commercialisation, le dernier repiquage se fait dans des pots en plastique scellés dès la fin de l’opération, voire même des sachets soudés. Certaines sociétés ont remplacé la gélose par un liquide aux qualités nutritives similaires.

Cette technique permet une multiplication des plantes plus rapide que la culture en serre, surtout lorsque leur croissance est particulièrement lente comme pour les Bucephalandra. Elle a aussi un grand intérêt pour des cultivars délicats comme Cryptocoryne albida rouge ou Anubias barteri nana « White ».

La culture in vitro permet également d’avoir des plantes avec un feuillage proche de celui immergé, pour une adaptation plus rapide dans l’aquarium. En contrepartie, ces plantes sont plus délicates puisqu’elles ont poussé en milieu stérile. Au final, ce sont surtout les aquascapeurs qui en sont les plus fervents utilisateurs. Ils disposent de plantes de petite taille, très appropriées pour leur implantation dans le décor paysagé. Cela est très utile lorsqu’il s’agit de les fixer sur une racine ou dans la fissure d’une roche.

Conclusion

Vous pourrez faire le choix de votre plantation en privilégiant la culture et le conditionnement qui répond le mieux à vos besoins.

Remerciements : à M. Derrick Lim et la société APC pour leur aide et pour nous avoir permis de réaliser chez eux toutes les photos qui illustrent cet article.

Texte et photos : Frédéric Fasquel.


📖 Cet article est paru dans AQYA n°7 (août-septembre 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.