Originaire d’Amérique du Sud, le guppy, Poecilia reticulata a conquis le monde entier par son incroyable faculté d’adaptation. Très actif, ce poisson grégaire anime la zone supérieure de l’aquarium grâce aux couleurs éclatantes et aux nageoires spectaculaires des mâles. Facile à maintenir et célèbre pour sa reproduction prolifique, ce vivipare ravit les débutants comme les éleveurs chevronnés, passionnés de concours.
Des origines au biotope naturel
C’est en 1908 que les premiers guppys arrivèrent en Europe à Hambourg par bateau cargo en provenance de Caracas au Venezuela d’où il est originaire. Il vit à l’état naturel dans le nord de l’Amérique du Sud (Venezuela, Brésil et les Guyanes) ainsi que dans les îles du sud de l’arc antillais Trinidad et Tobago. C’est d’ailleurs de l’île de la Trinité que des spécimens collectés par R. J. Lechmere Guppy ont été envoyés à A. Günther au British Museum de Londres qui le nomma en son honneur Girardinus guppii en 1866 sans savoir qu’il avait déjà était décrit à Berlin en 1859 par Wilhelm Carl Hartwich Peters. La Science retiendra donc Poecilia reticulata mais c’est le guppy qui restera comme le nom commun incontesté.
Il colonise une grande diversité de milieux : rivières lentes, fossés, zones marécageuses et parfois des eaux légèrement saumâtres. Ces habitats sont caractérisés par une forte variabilité des paramètres physico-chimiques, une température souvent élevée et une végétation dense parfois avec des algues offrant abri et nourriture.

Cette plasticité écologique explique sa large diffusion mondiale dans toute la zone tropicale où il a été introduit volontairement pour la lutte biologique contre les moustiques dés le début du XX° siècle. Aujourd’hui le guppy vit à l’état sauvage de façon invasive dans plus de 70 pays. Une population est même établie au moins depuis 2019 au sud de la France en périphérie de Montpellier dans un bassin alimenté par une source d’eau chaude. Toutefois, les souches d’élevage issues de plus d’un siècle de sélection sont bien plus fragiles que leurs homologues sauvages.
Morphologie générale
La taille adulte des guppys sauvages est plus petite que celle des formes d’élevage. Les mâles mesurent entre 2 et 3 cm alors que les femelles peuvent dépasser les 5 cm. Les souches géantes produisent même des individus atteignant 6 cm. Le corps est fusiforme. L’oeil est situé juste sous le sommet du crâne. La bouche orientée vers le haut possède une dentition composée de petites dents coniques adaptées à un régime omnivore opportuniste. Les nageoires pectorales sont positionnées au milieu de la hauteur du corps.

La nageoire caudale est oblongue pour la forme sauvage alors qu’elle est très variable chez les mâles d’élevage, de ronde jusqu’à la forme triangulaire très large en passant par des épées hautes ou basses voir en lyre.



Comportement et cohabitation
Poissons grégaires et très actifs, les guppys occupent les zones supérieures de l’aquarium et ont besoin d’un espace de nage conséquent. Les plantes leur offriront un refuge mais aussi la possibilité de picorer les feuilles pour les débarasser des petites algues tendres qui s’y développent comme dans leur milieu naturel. Le comportement est fortement dominé par la reproduction : les mâles poursuivent continuellement les femelles et paradent en permanence devant celles-ci et entre eux. Il est donc préférable de constituer une population avec un ratio de 2 à 3 femelles par mâle.
Suivant les goûts, il est possible de mélanger les différentes colorations de guppys mais dans ce cas, il ne faudra pas s’étonner si les générations suivantes ne ressemblent pas à leurs parents. Afin d’éviter toute possibilité d’hybridation, les autres espèces de Poecilia sont à proscrire. Par contre il sera possible de les associer à des platys si l’aquarium est suffisamment grand.

Le choix des autres colocataires est vaste, tous les poissons de fond tels que les loricaridés, loches et corydoras seront acceptés. Les petits cyprinidés (barbus, danio, rasbora) et les petits characidés (néons, tétras, poissons crayon et hachette) seront de bons compagnons. Attention toutefois aux barbus de Sumatra, Puntigrus tetrazona qui pourraient grignoter les nageoires.


Des cichlidés nains d’Amérique du Sud comme les Apistogramma pourront occuper le tiers inférieur du bac à partir d’un volume de 80 litres. Les crevettes sauront trouver leur place également.

Maintenance
Une maintenance optimisée repose sur la stabilité et la qualité de l’environnement. S’il est possible de maintenir des guppys dans un bac de 50 litres, il est préférable de choisir un volume plus important, 80 litres par exemple, avec une façade longue pour la nage et une zone dégagée sur l’avant.
L’eau du robinet convient dans la majorité des cas. Elle sera idéalement légèrement alcaline avec un pH compris entre 7 et 8 pour une température entre 22°C et 26°C même si le guppy est capable de supporter des valeurs beaucoup plus extrêmes. Plus la température sera élevée plus le métabolisme du poisson sera accéléré et sa longévité réduite. Le guppy est sensible aux nitrates élevés et aux déséquilibres bactériens. Filtre extérieur, intérieur ou décantation, tous conviennent en favorisant les médias biologiques pour réduire les pics d’ammoniaque dûs au nourrissage. Le débit sera 5 à 8 fois le volume total du bac en évitant un courant trop fort. La force du rejet sera brisée par une buse large ou un tube percé. Les changements d’eau seront bimensuels (30%) ou mieux hebdomadaires (15%).
Alimentation
Le guppy est naturellement omnivore avec une tendance insectivore qui lui vaut cette réputation de mangeur de larves de moustiques. Les aliments manufacturés sous forme de paillettes ou de granulés sont consommés dans les minutes qui suivent leur distribution.

De plus en plus de marques développent des recettes spécifiques pour les vivipares (guppys, platys, mollys) qui intègrent leurs besoins en végétaux et le renforcement de leurs défenses immunitaires car les variétés hyper sélectionnées et leur multiplication quasi industrielle les rendent beaucoup plus fragiles que les spécimens sauvages.

Une alimentation variée comprend également des larves de moustiques, des artémias vivantes, daphnies, copépodes, qu’ils soient vivants, congelés ou lyophilisés. Une alimentation riche et de qualité renforce la coloration, la fertilité et la longévité. Il est recommandé dans la mesure du possible de fractionner la ration journalière en plusieurs distributions dans la journée.

Dimorphisme sexuel
Chez les guppys comme chez toutes les espèces de Poecilia le dimorphisme sexuel est évident. C’est la différence de coloration qui se remarque en premier. Les mâles sont richement colorés alors que les femelles sont de couleur grisâtre. Les sélections d’élevage ont permis cependant d’avoir quelques couleurs sur celles-ci mais elles rivalisent difficilement avec les mâles. Les femelles sont par contre beaucoup plus grandes que les mâles, lorsque ceux-ci atteignent 3 cm elles peuvent dépasser 5 cm.


La reproduction chez les vivipares nécessitent une fécondation interne. C’est la nageoire anale du mâle qui se transforme avant la maturité sexuelle en organe copulateur. Sa présence bien visible sous le ventre confirme sans équivoque le sexe de l’individu.
La reproduction
La femelle guppy n’expulse pas des ovules comme la majorité des poissons que le mâle doit s’empresser de féconder. Elle va être fécondée lors d’un accouplement extrêmement rapide (moins d’une seconde). Au préalable le mâle aura tourné son gonopode de 180° pour le pointer vers l’avant afin de déposer le sperme dans la cavité utérine. Elle va pouvoir stocker le sperme pendant plusieurs mois. Ses ovules arrivés à maturité seront ainsi fécondés même en l’absence d’un mâle.

Les oeufs restent protégés dans la cavité utérine et les embryons se développent en consommant le vitelus. La gestation dépend de la température de l’eau et varie entre 3 et 5 semaines (environ 28 jours à 26°C). L’abdomen commence à gonfler au bout d’une semaine et se marque d’une tâche sombre. À terme la femelle expulse les oeufs qui se brisent à la sortie donnant immédiatement naissance à de petits alevins qui nagent dans les minutes qui suivent.

Ils commencent à s’alimenter le jour même de fines particules et de micro-plancton. Ils seront friands d’anguillules du vinaigre puis de micro-vers et de nauplies d’artémia. Suivant l’âge et la taille de la femelle, celle-ci peut engendrer entre 20 et 50 petits par mois (parfois jusqu’à 100). S’il y a suffisamment de plantes fines (Ceratophyllum, Myriophyllum, …) ou flottantes (Salvinia, Riccia) une forte proportion survivra en bac d’ensemble.

Formes de collection et sélection
Le guppy Poecilia reticulata est l’une des espèces les plus travaillées en aquariophilie. La première forme de queue de voile est apparue il y a plus de 70 ans. La sélection minutieuse a donné naissance à une multitude de lignées qui se sont affinées dans les concours de beauté au cours des 50 dernières années. Elles sont aujourd’hui disponibles dans le commerce aquariophile grâce entre autres aux éleveurs asiatiques qui en font une reproduction intensive et sélective, tout en recherchant de nouvelles formes et couleurs.



Si les guppys vous passionnent n’hésitez pas à prendre contact avec une des 2 associations nationales qui s’y consacrent :
AFV : Association France Vivipares — site : www.francevivipare.fr
EGS : Les Éleveurs de Guppys de Sélection — Facebook : facebook.com/assocegs
Aperçu systématique
| Ordre | Cyprinodontiformes |
| Sous-ordre | Cyprinodontoidei |
| Famille | Poeciliidae |
| Sous-famille | Poeciliinae |
| Genre | Poecilia |
| Espèce | reticulata |
| Descripteur | Peters, 1859 |
| Protonyme | Poecilia reticulata |
| Synonymes | Girardinus guppyi, Lebistes poecilioides |
| Nom commun | Guppy |
Poecilia : du grec « poikilos » signifiant de différentes couleurs, tacheté, en référence à la coloration de différentes espèces comme les guppys et les mollys.
reticulata : du latin « reticulum » signifiant en forme de réseau en référence au maillage formé par le liseré noir bordant chaque écaille du corps. Cela est beaucoup plus visible chez la femelle.

En résumé : la fiche AQYA
| Nom scientifique | Poecilia reticulata Peters, 1859 |
| Nom commun | Guppy |
| Famille | Poeciliidae |
| Taille adulte | 2,5 à 5 cm |
| Origine géographique | Amérique du Sud, Venezuela, Trinidad et Tobago, Brésil, Guyanes |
| Qualité d’eau requise | pH : 6-8 ; GH : 3° à 30 |
| Température | 20°C à 28°C |
| Volume minimum | 50 litres pour un trio |
| Type de bac | bac communautaire planté |
| Mode de vie | diurne |
| Comportement | actif mais pacifique |
| Zone de vie | la moitié supérieure du bac |
| Longévité estimée | 18 à 24 mois |
| Alimentation | omnivore à tendance insectivore |
| Reproduction | Vivipare plus précisement ovovivipare |
| Statut UICN | Préoccupation mineure (LC) |
| Spécimens disponibles | élevage |

Information légale
Posséder un animal en aquarium requiert une approche éthique et responsable afin de le respecter. L’acquisition de guppys pour peupler l’aquarium ne doit pas être un achat impulsif. Il est essentiel de s’informer sur ses besoins spécifiques (qualité de l’eau, dimensions de l’aquarium, comportement, alimentation). Soyez vigilant à ne pas le mélanger avec d’autres espèces aux conditions de maintenance trop différentes. Seuls les animaux aquatiques ayant des exigences similaires de maintenance devraient être maintenus ensemble dans un même aquarium.
Afin de préserver la vie sauvage, ce vivipare ne doit surtout jamais être relâché dans le milieu naturel car il pourrait le coloniser comme c’est déja le cas dans certaines régions tropicales lorsque les conditions le permettent.
Texte : Julien Wannepain — Photos : Frédéric Fasquel sauf mentions contraires. Remerciements : À Giovanni et Uan de SIAM AQUARIUM pour leur aide indéfectible. À Mr Nicolas Juin et le Comptoir du poisson éxotique.
📖 Cet article est paru dans AQYA n°6 (mai-juin 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.