Atterrissage à Panama city et, deux mois plus tard, objectif Cancun. Tel était le plan de ce voyage. Un sac sur le dos, une épuisette triangulaire pliable, un tamis de pêche, un micro lancer, de quoi me changer et c’est tout. Me voilà prêt à remonter l’Amérique centrale, du nœud du Darien aux cénotes du Yucatan.
Panama et le fameux bouchon du Darien
Je voulais absolument voir le bout sud du goudron de la partie nord de la route panaméricaine. En effet, cette route mythique reliant l’Alaska à la terre de feu butte sur le Darien, cette chaîne montagneuse et marécageuse entre Panama et Colombie qui est considérée comme une des plus dangereuse et sauvage au monde. Je suis donc allé à Yaviza, là où s’arrête le goudron. La route principale, la seule en fait, après cette fameuse banderole est ensuite en terre battue. De chaque côté de cette bande de latérite, des bars… aux aguichantes et voluptueuses dames fort peu vêtues. Et pas de boissons softs, j’en ai demandé… De la bière ou de la cacha uniquement. J’avais réservé un hôtel, en fait j’étais le seul client. Les clés m’attendaient chez la voisine. À 16 heures, les gendarmes disparaissent en laissant la ville aux trafiquants en tous genres, aux macs et aux moustiques, le moindre mal ici…
Je pris mes clics, mes clacs aussi et le dernier collectivo pour partir dix kilomètres plus au nord. Mais avant de quitter le pays du canal de Panama et aussi du chapeau, je ne pouvais m’empêcher de pêcher, pas dans le canal, oh non… Cette zone toute nord-américaine aux imposants buildings n’offre pas grand-chose d’intéressant pour un aquariophile mais vers le Costa Rica, à Santa Fé plus exactement. Le long du Rio Mulumba on trouve une impétueuse petite rivière descendant de la chaîne centrale. La pêche est difficile dans le courant et entre les gros galets le tamis est inutilisable.
Plus loin, le long de quelques berges herbeuses du Rio Santa Maria j’ai pu, avec une épuisette à long manche, capturer de petits poecilidés et à vue quelques Andinoacara coeruleopunctatus.




Puis vint le Costa Rica
Ce pays est trop nord-américain pour moi, malgré ces nombreux oiseaux, c’est hélas trop de touristes avec leurs appareils photos à côtoyer. J’ai pris tout de même quelques photos du quetzal royal et des toucans en liberté dans une petite réserve naturelle prés de Quépos. Ce n’était pas la ligne de métro n°13 à 19 heures mais pas loin. Près de cette ville balnéaire de l’Océan pacifique coule le Rio Naranjo dans lequel je pêche au tamis et là, bonne surprise… j’étais seul, enfin, sauf le moto-taxi qui m’avait convoyé. Autre bonne surprise dans ce petit ruisseau languissant au fond sablonneux : un vrai gentil petit cichlidé, Amatitlania sajica, quelques poecilidés (Poecilia mexicana et Poeciliopsis elongata), un characidé (Hyphessobrycon sauvagei) et un poisson de fond, le gobie Awaous banana. Dommage, pas de loricaridés. Mais il devait y en avoir.
Quant aux égouts de Quépos, bonne surprise encore, ils sont remplis de petits poecilidés (….) et là, j’utilise la grande épuisette. Quant au tamis… mon envie de plonger mes pieds dans les égouts de Quépos est assez faible, je le laisse donc au fond du sac.
Puis une autre petite pêche au Monte Verde, vers le Nicaragua. Là où mon zoom vit le quetzal. La ville de Santa Helena est fort touristique, entourée qu’elle est de petites réserves naturelles privées. Un ruisseau pentu traverse la ville et j’y jette mon dévolu, pieds nus et épuisette aquariophile à la main, à la vue de tout le monde, sans que personne ne me dise quoi que ce soit. Une seule espèce dans les mailles du filet, mais en grand nombre, Priapichthys annectens, petit poécilidé de par la taille, mais grand de par son agressivité parait-il !
Le lendemain je pars pour San José puis Guatemala City.



Le Guatemala et ses lagunes
De l’aéroport, comme tout touriste moyen, taxi groupé vers Antigua, la ville espagnole détruite par un tremblement de terre en 1773, où règne aujourd’hui la douceur de vivre. Puis je prends la direction de la lagune d’Atitlan pour y pêcher malgré les trop nombreux visiteurs, des tilapias africains, oups…
Et oui, il y a des fermes à tilapias peu accessibles qui permettent de produire facilement du poisson pour nourrir la population locale. Passons donc notre chemin… Sans compter que le lac a été ensemencé en 1958, pour faire plaisir aux amateurs de pêche sportive (et à leurs retombées économiques) d’achigans à grande bouche, Micropterus salmoïdes, monstres lacustres pouvant atteindre une quinzaine de kilos. Une idée du directeur de la Pan Am de l’époque pour attirer les riches touristes nord-américains et remplir ses avions. Ainsi, les 2/3 des espèces indigènes ont disparu, tout comme le grèbe d’Atitlan, dont les oisillons servirent d’amuse-gueule à ces fameux blackbass.


Direction la lagune d’Izabal
Bus privé jusqu’au rio Dulce, puis bateau tout aussi privé jusqu’à la Finca Tatin pour son « restaurant », ses bungalows qui permettent de dormir en pleine forêt le long du rio Tatin, sans confort mais avec sauna. Avant cela, un arrêt le long de la petite île de los Pajaros, l’île aux oiseaux qui est une jungle impénétrable sur deux ou trois hectares. Quelques centaines de grandes aigrettes et de cormorans y nichent, nullement dérangés par tout autant d’iguanes verts… sauf qu’ici ils sont orange.
Il est difficile de pêcher dans le rio Tatin autrement qu’au lancer car l’épuisette est inutilisable dans l’ensemble pierreux qui sert de refuge à quelques jolis et gentils cichlidés, Cryptoheros spilurus à la belle coloration jaune. En remontant tout en haut du rio Tatin en canoë au pieds des rapides, je rencontre aussi des Chuco intermedium. Étrangement, cette toute petite rivière, affluent du rio Dulce, draine un grand volume d’eau au regard de sa longueur. La technique de l’hameçon me permet de ramener ce petit poecilidé brochet qu’est Belonesox belizanus ainsi qu’Astyanax fasciatus, le characidé le plus courant au-dessus du bouchon du Darien qui est la frontière naturelle entre les espèces d’eau douce d’Amérique du sud et celles de l’Amérique centrale. Je capture également quelques autres poecilidés, des genres Gambusia, Poecilia et…
Quant au rio Dulce, il se jette dans la mer des Caraïbes un peu au sud du Bélize. J’accompagne un pêcheur à l’épervier dans ce petit fleuve côtier aux eaux partiellement douces (en surface), partiellement salées (vers de fond) et aux courants inversés. Lancer d’épervier après lancer d’épervier, le fond de la barque se remplit d’une grosse dizaine de kilos, principalement des Eugerres plumieri, mais aussi quelques belles étrilles, des soles et quelques mojaras, plus connus sous le nom de Vieja maculicauda. Ce fut poisson pour tout le monde à la Finca ce soir-là.





La lagune de Péten
Pour terminer, d’autres petites balades en forêt pour gratouiller les fonds de ruisseaux, mais pas grand-chose. Beaucoup de tétards de toutes formes et tailles, mais une seule espèce de poisson, peut être Poeciliopsis baenshi, sans oublier un bien tranquille Sapo (crapaud). Demain sera un autre jour. Demain direction Florès et… la lagune de Péten.
Cette magnifique lagune est certainement le plus bel écrin d’eau douce du Guatemala. C’est aussi la porte ouverte vers les célèbres et magnifiques vestiges de Tikal. Ceci est une autre histoire, quoique… c’est en prenant un bus pour Tikal qui fait le tour de la lagune, puisque les ruines se trouvent à l’opposé, que je décide de revenir pêcher le long du rio Ixlu et de la plage par lequel il se jette dans la lagune de Péten. Il me semble intéressant, en matière de poissons car les berges sans obstacles sont accessibles et végétalisées. Donc, le lendemain j’y retourne par un autre bus armé du tamis, du lancer et de l’épuisette triangulaire et je descends sur la berge pour pêcher. J’attrape quelques poissons au tamis ou à l’épuisette surtout des alevins de cichlidés venant se protéger de plus grands qu’eux (Parachromis managuensis et friedrichsthalii et ?????) et une seule espèce de poecilidés du genre Phallichthys qui sont la nourriture des cichlidés précités.
Autrement, la pêche le long de la plage ne donne pas grand-chose, seule une senne serait d’une réelle efficacité mais elle ne rentre dans mon sac à dos. Donc retour vers Flores par le premier bus et traversée en bateau vers un village qui m’a été indiqué comme celui de pêcheurs. Sur le banc de sable, en limite d’une roselière, je trouve en nombre des Thorichthys affinis, des Poecilia petenensis et un Vieja melanura.
Dans la pêcherie, ce sont de beaux Petenia splendida, Parachromis managuensis mais aussi, comme presque partout dans le monde tropical aquatique… quelques tilapias. Quelques jours de farniente entrecoupés de pêches de nuit. Puis petit tour en bus vers le Chiapas en passant par la très petite frontière terrestre de El Ceibo. Plusieurs arrêts par la police des frontières et vérification complète du bus. C’est la route du Honduras vers le Mexique et l’oncle Sam.
La suite du voyage et Palenque… dans un prochain numéro d’AQYA.








L’aventure vous a plu ? Pourquoi pas un bac biotope avec des cichlidés d’Amérique centrale
Pour restituer l’ambiance de ces biotopes dans un aquarium voici plusieurs propositions.
Le rio Naranjo
Suggestion pour un bac de 240 litres (120 x 40 cm hauteur 50 cm) équipé d’une filtration de 800 l/h. La température sera proche de 23° dans une eau plutôt neutre au pH autour de 7. Le décor sera réalisé avec des galets, un sable grossier et quelques racines pour donner du volume. Quelques plantes pourront être ajoutées si leur feuillage n’est pas trop tendre. Des Echinodorus peuvent convenir tout comme le Ceratophyllum qui offrira ombre et refuge. Microsorum et Anubias seront plus appropriés malgré leurs origines géographiques bien différentes.
La population de poissons :
- 5 ou 6 Amatitlania sajica (A. altoflava du Panama en alternative)
- 8 Poecilia mexicana ou à défaut Poecilia sphenops (molly)
- 8 Hyphessobrycon sauvagei
- 3 ou 4 Ancistrus
La lagune de Péten
Suggestion pour un bac de 375 litres (150 x 50 cm hauteur 50 cm) équipé d’une filtration de 1200 l/h. Les paramètres de l’eau et la décoration seront similaires au bac précédant.
La population de poissons :
- 5 ou 6 Cryptoheros spilurus
- 5 ou 6 Thorichthys affinis (T. meeki en alternative)
- 10 Poecilia latipinna (Xiphophorus helleri en alternative)
- 2 ou 3 loricaridés pour compléter
Pour une envie d’un grand bac d’environ 1000 litres, il est possible de le peupler avec 3 ou 4 couples qui se seront formés à partir de 5 à 6 jeunes individus sub-adultes ou d’une dizaine d’alevins. La surface au sol étant plus importante que la hauteur d’eau il sera judicieux d’avoir la plus grande largeur possible. Une hauteur d’eau de 50 cm est suffisante. Une eau neutre (pH autour de 7) et une température de 23° à 24° C. Le décor sera réalisé avec un sable grossier quelques roches et plusieurs racines de grande taille. Il faudra cependant préserver une zone de nage suffisante pour que ces gros poissons puissent évoluer sur toute la longueur de l’aquarium.
La population de poissons :
- 1 couple de Parachromis friedrichsthalii ou managuensis
- 1 couple de Petenia splendida
- 1 couple de Vieja melanura (V. maculicauda en alternative)
Au plaisir de vous retrouver pour la suite de mes aventures.

Texte et photos : Didier Granet

📖 Cet article est paru dans AQYA n°5 (mars-avril 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.