Omniprésentes, les algues font naturellement partie de l’aquarium, mais leur prolifération excessive menace l’écosystème. Oubliez les traitements chimiques et privilégiez une gestion douce. En accueillant des animaux spécialisés, vous pouvez réguler naturellement leur croissance. Découvrez comment ces infatigables alliés aquatiques garantissent un environnement sain et harmonieux, dans le plus pur respect de la biologie de votre bac.
Les algues omniprésentes
Les algues font partie de la vie de l’aquarium. Il n’est guère possible de les éviter complètement. Tant que leur présence reste minime, l’aquariophile s’en accommode. Une prolifération plus importante a une répercussion sur l’écosystème du bac. En cas de forte invasion, le taux de dioxygène peut chuter et menacer la vie animale de l’aquarium. Les algues consomment également du dioxyde de carbone pour leur croissance, au détriment des plantes. Cela peut entraîner une modification du pH et de la dureté carbonatée aboutissant à une perturbation de l’équilibre du bac et générer un milieu hostile. Une plante colonisée par des algues est gênée pour effectuer la photosynthèse indispensable à sa biologie. À court terme, elle peut disparaître.
Un aquarium est un milieu vivant clos qui demande un minimum d’attention. L’aquariophile doit en être conscient et apporter les corrections nécessaires pour rétablir un bon équilibre si cela se dégrade. Pour lutter contre les algues, il faut une maintenance appropriée. Une filtration biologique efficace et adaptée à la dimension de l’aquarium doit être mise en place. En cas de prolifération la modification ou le remplacement de l’éclairage est à envisager. Des changements d’eau réguliers sont à réaliser. On évite toute suralimentation qui favorise le développement des algues. Les engrais doivent être bien dosés et utilisés à bon escient. Une surveillance journalière lors de la distribution de la nourriture permet d’avoir, avec l’habitude, en un seul coup d’œil, une bonne lecture de l’équilibre du bac. Des fiches de suivi ou des applications via internet peuvent aider à programmer des actions bénéfiques et indispensables pour obtenir un bac d’ensemble harmonieux correspondant au désir de chacun.

Lutter efficacement contre les algues
Certaines plantes sont connues pour avoir une croissance rapide et permettre l’épuration de l’eau en pompant littéralement les nitrates et en absorbant les éléments nutritifs disponibles au détriment des algues. Le fort développement de Ceratophyllum demersum, Hygrophila difformis et H. polysperma est un bon moyen de prévention notamment lors de la mise en route d’un bac neuf.
Hygroryza aristata, en sa qualité de plante de surface, lutte à sa façon contre les algues en puisant dans l’eau de grandes quantités de substances nutritives tout en apportant des zones ombragées et localisées. Malgré cette attention, il arrive que les algues prolifèrent. Nous avons alors le réflexe de solutionner ce problème à l’aide de produits anti algues appropriés. Laissons de côté pour un temps les divers produits algicides du commerce pour nous tourner vers des animaux qui peuvent naturellement assurer cette fonction, où chaque type d’algues peut avoir son animal régulateur.
La lutte écologique contre les algues est possible. Elle donne de bons résultats si elle est mise en place rapidement en intégrant des changements de pratique réalisés en amont. Pour autant, il va falloir éradiquer au mieux ces indésirables.

Mise en pratique
Dans un premier temps, l’ajout de bactéries ou d’enzymes dans l’eau va permettre d’assainir le milieu. La présence de micro-organismes dans les sols techniques est une aide appréciable dès le montage de l’aquarium.
Le périphyton c’est la couverture biologique, constituée d’un ensemble complexe d’algues, de cyanobactéries, de champignons, de microbes hétérotrophes et de détritus qui composent le biofilm présent sur le substrat et les végétaux. Il est souvent la porte d’entrée pour l’installation des algues. Parmi les armes efficaces que la Nature met à notre disposition, il y a les nérites. Une pour 20 litres suffisant. Leur jolie coloration apporte en même temps une belle touche esthétique dans l’aquarium, avec des formes originales comme les nérites cornues.
La nérite zébrée a tendance à passer du temps hors de l’eau, alors que la nérite noire ne quitte pas le milieu aquatique. Cette dernière est plus efficace pour éliminer les petites algues encroûtantes et les points verts sur les vitres, le décor et les feuilles dures des plantes comme les Anubias. Septaria porcellana, à la coquille aplatie et décorée, est un algivore efficace qui apprécie les grands volumes.



Petit poisson, mon ami…
Garra flavata, avec sa bouche en forme de ventouse, passe son temps à sucer le décor et les plantes à la recherche de micro-algues et du biofilm végétal. C’est un poisson grégaire joliment coloré qui apprécie une alimentation classique si l’apport en végétaux n’est pas suffisant. Garra flavata est disponible en tant que poisson d’élevage. L’espèce ne supporte pas un taux élevé de nitrates.
Si les conditions de maintenance sont requises, le groupe d’espèces que compose les Gastromyzon spp., Pseudogastromyzon spp. et autre Sewellia spp. est d’une aide précieuse. Ces espèces consomment le biofilm et participent à l’élimination des diatomées et des algues encroûtantes. Il est à préciser que ce ne sont pas des espèces purement végétariennes et qu’il est nécessaire de leur fournir des aliments carnés. Leur comportement, la façon dont ils se collent au décor, est un spectacle en soit. Ils réclament la présence d’une eau courante pour leur maintenance.
Otocinclus spp. sont des espèces idéales pour les petits bacs. Leur taille modeste est un atout. Leur appétit pour nettoyer les plantes est à toutes épreuves. Les algues encroûtantes naissantes et les gazons d’algues n’ont pas le temps de se développer qu’ils sont déjà tondus.
Les algues visqueuses, les Cyanobactéries de couleurs bleues-vertes, sont délaissées par bon nombre d’espèces. Seuls quelques poissons semblent pouvoir lutter contre leur prolifération, le Panaque nigrolineatus, mais il devient vite bien trop grand pour beaucoup d’aquariums.
Crossocheilus oblongus demande à vivre dans un aquarium de plus de 100 litres. C’est un microphage qui est plus actif lorsqu’il est jeune. Il lutte efficacement contre les algues pinceaux. Il est fortement actif le jour et doit vivre en groupe de plusieurs sujets.
Les Ancistrus spp. sont intéressants comme poissons à tout faire. Leur priorité n’est pas la présence des algues sur les feuilles des plantes. Par contre ils sont efficaces sur les éléments du décor, comme les pierres. Ils apprécient particulièrement les racines qu’ils râpent, limitant ainsi les algues encroûtantes qui peuvent s’y fixer. La présence du bois dans l’aquarium est importante pour leur maintenance car ils ont besoin d’une alimentation riche en fibres.





Certains vivipares sont plus connus pour leur forte consommation d’algues. Ainsi, Ameca splendens, lorsqu’il est jeune, apprécie de sucer les algues et participe ainsi à leur limitation. Poecilia sphenops est une espèce solide, joliment colorée qui apprécie les végétaux, le zooplancton et le phytoplancton. Son action d’usure sur les algues pousse celles-ci à la régression. Sa reproduction étant facile, l’aquariophile se retrouve très vite avec une armée de poissons anti-algues dans son bac.


Et les crevettes…
Un grand maître de l’Aquascaping, a donné son nom à la crevette Caridina multidentata, la crevette d’Amano est une infatigable nettoyeuse. Grégaire, on peut compter sur elle à raison d’un individu pour 20 litres.
Neocaridina davidi est une très bonne algivore et détritivore. Dans un bac bien planté, en créant un espace sombre et sécurisant, elle est très efficace. Elle participe à l’éradication des micro-algues dont elle raffole. Espèce grégaire, elle se plaît en groupe de plusieurs dizaines d’individus.
Se débarrasser des algues filamenteuses n’est pas une mince affaire. Une crevette très appréciée pour ce travail. Il s’agit de Xiphocaris elongata. Moins bien connue que la crevette Amano, elle aussi a un cycle de reproduction avec un stade larvaire marin. Une fois adulte, elle ne supporte plus le sel et remonte les petits cours d’eau douce débouchant sur la mer jusqu’à 100 à 150 mètres d’altitude.



Texte : Michel Dantec / Photos : Frédéric Fasquel
📖 Cet article est paru dans AQYA n°6 (mai-juin 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.