Microsorum pteropus est une espèce incontournable et robuste d’Asie du Sud-Est prisée pour sa facilité d’adaptation. Elle se distingue par sa capacité à se fixer sur le décor. Esthétique et peu exigeante, elle est le choix idéal pour sublimer tout type d’aquarium.
Écologie
La fougère de Java, Microsorum pteropus (syn. : Leptochilus pteropus) possède une large répartition géographique : Asie du Sud-Est, Inde et Indonésie. Elle est omniprésente dans les milieux aquatiques où elle s’accroche sur les racines des arbres ou des roches en bordure des rivières et des ruisseaux ombragés. Elle est plutôt considérée comme une plante amphibie que purement aquatique. Elle peut être totalement immergée pendant la période sèche où la forte humidité ambiante lui permet de résister jusqu’au retour des pluies.
Bien connue des aquariophiles, Microsorum pteropus se plait bien en aquarium, totalement immergée, parfois avec un temps d’adaptation. Le polymorphisme de cette espèce explique bien les confusions du passé. Cette fougère amphibie présente un rhizome rampant écailleux et épais, très robuste, de 1 à 1.5 cm de diamètre. Il est de couleur verte à brun foncé, porte de nombreux poils (trichomes) et de longues racines. Les frondes, légèrement parcheminées, sont fixées sur le rhizome par un pétiole court et cylindrique. Il se transforme en nervure centrale plus ou moins écailleuse, qui atteint l’extrémité du limbe ayant une nervation ordonnée tout à fait remarquable.

Les frondes sont de couleur vert olive à vert sombre, lancéolées, simples ou trilobées, souvent avec le bord ondulé, pouvant atteindre 15 à 20 cm de longueur. Celles dépassant la surface de l’eau peuvent se diviser en deux ou trois lobes avec parfois deux petits lobes latéraux supplémentaires à leur base. Les frondes fertiles (sporophytes) ne se forment pas lorsque la plante est immergée. On peut parfois remarquer la présence de sporanges, groupés en amas (sores) de petite taille et de couleur marron, disposés irrégulièrement sur la face inférieure de la feuille. Leur emplacement, leur taille, leur forme constituent d’excellents caractères systématiques permettant la détermination en l’absence de fructification.

Un peu de botanique
La description originelle de Leptochilus pteropus (Microsorum pteropus) date de 1828 avec le botaniste Blume, mais c’est le taxon de Edwin Bingham Copeland (1873–1964) de 1929 paru dans University of California Publications in Botany. Berkeley, CA qui est retenu dans le guide des espèces, conformément aux recommandations exprimées par le groupe de travail ThePlantList. Microsorum a longtemps été dénommé par erreur Microsorium (avec un «i» en trop !).
Cette fougère n’est connue des aquariophiles que depuis les années 1957-1958, sous l’impulsion de P. Chlupaty qui fut l’un des premiers à s’intéresser à la culture de plants obtenus auprès de la firme « Tropicarium » de Francfort.
Exigence
Dès ses premières observations, G. Benl (1961), mentionne que la fougère de Java pousse bien immergée, accrochée à un substrat comme une racine. Il note aussi que la plante préfère une eau douce, un éclairage tamisé et une température de 24 à 25°C.
Elle s’accommode assez facilement de conditions différentes. A une exception près, celle de ne pas recouvrir le rhizome et les racines d’un quelconque substrat. G. Bentl démontre ainsi que la plante prélève les substances nécessaires à sa croissance dans le milieu ambiant grâce à ses feuilles et ses racines en fonction de sa situation émergée ou immergée suivant le rythme des saisons. Microsorum pteropus est une fougère qui s’adapte bien à l’aquarium d’eau douce, l’aquaterrarium ou le terrarium humide.

Culture
Très populaire malgré sa croissance lente, cette fougère fait le bonheur des aquariophiles. Elle se plaît en eau douce mais supporte une eau dure. Elle se développe avec un éclairage intense à modéré, et résiste bien face à l’assaut des poissons herbivores. Sa croissance est optimale dans une eau douce et légèrement acide, pour une température de 20 à 28°C. Il convient d’éviter les dépôts de particules sur ses frondes et ses racines qui risquent de l’étouffer. Un léger courant d’eau lui est bénéfique. Un apport modéré de fer chélaté et une fumure complémentaire en CO₂ lui est également bénéfique. Parfois, le pied est atteint de nécroses se traduisant par des taches brunes sur les deux faces de la fronde. Il est conseillé d’éliminer la partie atteinte par une coupe nette. Cela n’affecte pas la vie de la plante. Il est à noter qu’il ne faut pas confondre ce phénomène avec la présence de tache sur l’envers de la fronde qui correspond aux sporanges.
Microsorum pteropus ne se plante pas, mais se fixe sur un support immergé (pierre, racine, liège etc..) à l’aide d’un lien peu serré ou d’un point de colle en évitant d’abîmer le rhizome. Elle s’agrippe ensuite toute seule pour coloniser son support en fonction de sa croissance. Souvent présentée en godet et fixée sur de la laine de roche, il convient de l’en débarrasser en rinçant délicatement la plante avant son introduction dans l’aquarium. Le commerce propose aussi des pieds fixés sur un support qu’il suffit de déposer à l’endroit choisi.

Multiplication
La multiplication de Microsorum pteropus est singulière. De jeunes frondes peuvent apparaître sur le rhizome mais également sur la face inférieure des frondes. Lorsque ces plantules atteignent quelques centimètres ou présentent quatre à cinq crosses, on peut les détacher puis les fixer sur un nouveau support.
Les frondes coupées peuvent être conservées et données naissance à de nouvelles plantules. La multiplication sexuée à partir de sporanges est beaucoup plus complexe. Pour cette raison les aquariophiles privilégient le bouturage du rhizome et la récupération des plantules.

Un peu de diversité
Depuis quelques années, des cultivars sont apparus sur le marché. Pour exemple, la société APC en Thaïlande cultive aujourd’hui 24 morphes différentes dans ses serres …
Microsorum pteropus variété Windelov est une plante issue de la sélection parmi les cultivars d’une morphe locale qui fait honneur au nom du fondateur de l’entreprise «Tropica», Holger Windelov. Ce cultivar présente des frondes avec des ramifications dichotomiques de petites dimensions à l’extrémité de frondes larges et frangées. Peu exigeante, elle apporte une touche originale à la décoration d’un aquarium mais aussi en aquascaping où elle est très prisée.


Microsorum pteropus variété Narrow Leaf a des frondes linéaires plus étroites que la forme nominale et qui poussent plus particulièrement à l’horizontale. Cette plante attrayante convient bien aux petits volumes. Pour conserver des feuilles fines, de 4 à 8 mm, un surplus de lumière doit être apporté, sinon les feuilles ont tendance à s’élargir.


Microsorum pteropus variété Trident est une variante aux frondes plus minces et divisées en trois lobes avec des variations de frondes entières ou à divisions multiples.


Aperçu systématique
Ordre : Polypodiales
Sous ordre : Polypodiineae
Famille : Polypodiaceae
Sous Famille : Microsoroideae
Genre : Microsorum
Espèce : pteropus
Descripteur : (Blume) Copeland, 1929
Basionyme : Polypodium pteropus, Leptochilus pteropus
Synonyme : Leptochilus decurrens, Polypodium tridatylon
Nom commun : Fougère de Java
Etymologie :
Microsorum : du grec mikros (petit) + sôros (tas) en rapport aux amas de sporanges sous les frondes fougères.
pteropus : du grec ancien pteron (aile) + pous (pied) signifiant pied ailé en rapport avec les lobes qui se développent parfois à la base de la fronde

En résumé : la fiche AQYA
| Nom scientifique | Microsorum pteropus (Blume) Copeland, 1929 |
| Nom commun | Fougère de Java |
| Famille | Polypodiaceae |
| Origine géographique | Asie du Sud-Est, Indonésie |
| Taille | 15 à 20 cm |
| Croissance | lente |
| Difficulté | facile |
| Éclairage | tamisé |
| Qualité d’eau requise | pH : 6-7,5 ; KH : > 3° ; GH : 1 à 10° |
| Température | 20°C-28°C |
| Sol nutritif | indifférent |
| Engrais | CO₂ + fer chélaté |
| Particularité | Le feuillage est épargné par les poissons herbivores |

Glossaire
Cultivar : plante, obtenue dans une culture, sélectionnée et cultivée car montrant un ou des caractères spécifiques différents de l’ensemble. Dans notre cas ne connaissant pas l’origine des types décrits, il n’est pas impossible que certains soient reconnus par la suite comme étant de nouvelles espèces. La connaissance de leur génotype nous permettra de l’affirmer.
Fronde : terme spécifique au fougère correspond tout simplement au terme feuille (arbre, …)
Polymorphe : qui montre plusieurs formes (poly : plusieurs et morphe : forme)
Sporophyte : organisme portant les spores
Cycle de développement d’une fougère : la fronde = le sporophyte (qui porte les spores), la germination d’une spore donne un prothalle = le gamétophyte (qui porte les organes sexuels) sur lequel il y a la fécondation. À partir de l’œuf, un nouveau cycle recommence.
Texte : Michel Dantec — Photos : Frédéric Fasquel. Remerciements : À Mr Derrick Lim et la société APC pour leur accueil chaleureux, leur disponibilité et leur aide à chacune de nos visites.
📖 Cet article est paru dans AQYA n°4 (janvier 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.