Un aquarium exubérant de plantes vigoureuses parmi lesquelles évoluent quelques poissons demande un minimum d’entretien. Après une période plus ou moins longue pendant laquelle les plantes choisies vont s’enraciner et s’étoffer, arrive le moment où l’aquariophile doit s’improviser jardinier.
Les plantes aquatiques et palustres
La majorité des plantes utilisées en aquariophilie s’adaptent bien au microcosme aquatique qu’est l’aquarium. Un sol technique nourricier et un éclairage adéquat permettent à la plante d’atteindre son plein développement. L’aquariophile confirmé préfèrera utiliser de vraies plantes aquatiques ou palustres et laissera de côté ces plantes, souvent fortement colorées, qui sont parfois proposées comme telles, alors qu’elles ne sont tout au plus que des plantes décoratives qui ne dureront que quelques semaines, pourrissant sous l’eau et apportant de fait toute une cohorte de problèmes.
Dans un bac planté, l’aquariophile peut être confronté à l’envahissement progressif de l’aquarium par les plantes à tiges. Parfois longues à démarrer, certaines d’entre-elles peuvent envahir l’aquarium par leur fort développement au risque d’étouffer leurs voisines. Nous allons nous concentrer sur ces plantes à tige qui seront les premières à être taillées car leur croissance est plus rapide que les plantes en rosette (Cryptocoryne, Echinodorus, etc.) ou celles à rhizome (Anubias, Bolbitis, Bucephalandra).
Ce groupe de plantes est très intéressant en raison de sa croissance rapide et de son bel effet de décoration, surtout lorsqu’il faut planter entièrement un bac. Alternanthera, Bacopa, Hygrophila, Ludwigia, Rotala sont les plus connues.

Les plantes à tige
Globalement, les plantes présentent trois parties, la feuille, la tige et la racine. Les plantes à tige sont constituées d’une pousse axiale (la tige), de renflements (les nœuds), de feuilles et d’entre-nœuds et pour certaines, de ramifications latérales.
D’un point de vue physiologique, les méristèmes sont surtout situés au niveau des nœuds. Ce sont des « amas » de cellules indifférenciées ayant la capacité de reconstituer toute ou partie endommagée de la plante. C’est donc une multiplication végétative qui va s’effectuer par la taille des tiges devenues trop grandes. Ce bouturage multiplie à l’identique la plante en donnant naissance à un nouvel individu à partir de la tige axiale ou d’une ramification latérale. On obtient des clones de la plante appelée pied-mère. L’entretien du décor végétal permet la multiplication de ces plantes beaucoup plus rapidement que la reproduction sexuée qui passe par la production de graines.

Le bouturage des plantes à tige
Ces plantes ont une tige axiale plus ou moins souple dont certaines développent des pousses latérales. Sous l’influence du rejet de la pompe de filtration, elles se balancent au gré du courant et poursuivent leur croissance, parfois jusqu’à se coucher à la surface de l’eau. Cette croissance se fait souvent au détriment de la partie inférieure de la tige qui ne reçoit plus suffisamment de lumière occultée par une importante masse végétale. Les feuilles s’étiolent et tombent, le bas de la tige est dénudée.
Le bouturage de tête, ou de tiges latérales, s’impose. Il est simple à réaliser en suivant des précautions élémentaires. On prélève délicatement la partie supérieure de la plante de façon à obtenir une portion d’une vingtaine de centimètres en la sectionnant nette à l’aide de ciseaux ou d’une lame tranchante, juste au dessus d’un nœud c’est à dire l’aisselle des feuilles. Cela permet à la plante de redémarrer grâce aux bourgeons latents présents. Cette technique est très utilisée pour multiplier les plantes terrestres.

Cette bouture est ensuite parée. On élimine d’une coupe franche le tronçon fait par l’entre nœud résiduel à quelques millimètres du renflement qui sert de point d’assise aux feuilles. Cette partie va de toute façon se nécroser et n’apporte rien à la bouture. Les feuilles de la partie basse sont enlevées, laissant apparaître une tige dégagée.
Cette dernière est plantée directement en place afin de créer un nouveau bouquet. Un avant trou réalisé avec une pince à planter ou une tige de bois du style « baguette de bambou » permet de ne pas blesser sa base. Si besoin le sol est ensuite rabattu sur la base. Chaque brin de plante doit comprendre au moins trois étages de feuilles. Il doit être enfoncé de deux à trois centimètres dans le substrat afin d’assurer son bon ancrage.


Un espace adapté au développement futur de la plante doit être respecté entre chaque brin afin de bien laisser pénétrer la lumière et éviter que les feuilles ne se gênent mutuellement lors de leur croissance. Certaines plantes, comme Bacopa australis et Hygrophila polysperma, développent spontanément des racines adventives au niveau des nœuds, ce qui facilitent leur multiplication.
L’étêtement du pied-mère va provoquer son renforcement et faire apparaître sous quelques jours des rameaux latéraux offrant un massif plus volumineux. Ces rameaux seront à leur tour rabattus pour obtenir de nouvelles boutures.


Proche de cette technique, le marcottage est aussi facile à réaliser, surtout chez les plantes qui se prédisposent à produire des racines adventives. Il suffit de coucher la tige sur le sol dans le sens où l’on souhaite diriger l’expansion de la plante. Elle est ensuite maintenue plaquée au substrat par une pince, en forme de cavalier, enfoncée dans le sol. Le trombone quelque peu malmené est un accessoire bien utile pour ce travail. Rapidement, il se développera de nouvelles tiges au niveau des nœuds qui ne demanderont qu’à s’élever vers la source de lumière.
Une fois les racines bien développées, on enlève les points de fixation. Cette méthode est idéale pour forcer une plante à courir sur le sol en avant plan comme l’Hydrocotyle, la Cardamine et certaines espèces de Rotala.

Pour plus de facilité, des ciseaux de plusieurs longueurs sont proposés dans le commerce spécialisé. Il suffit de choisir en fonction de la hauteur de votre bac, afin d’éviter de plonger la main dans l’eau à chaque séance de jardinage.
Vous voici devenu paysagiste aquatique, prêt pour de nouvelles aventures avec les plantes. Quel plaisir de constituer le décor végétal de son aquarium avec des plantes issues de sa propre culture.

Quelques plantes à tiges faciles à cultiver
Bacopa caroliniana avec sa croissance lente fait un joli massif dans la zone médiane de l’aquarium.
Hygrophila siamensis variété 53B de Tropica a un feuillage plus petit et plus dense que la forme originale. Elle grandit moins vite également.
Hygrophila polysperma a une croissance rapide. Il est préférable de la réserver pour l’arrière plan. Une jolie variante à nervures roses est appelée « rosanervig ».
Rotala sp. H’ra a besoin de beaucoup de lumière pour développer un feuillage rouge intense sous l’eau. Par sa croissance assez rapide, l’arrière-plan est préférable.




Texte : Michel Dantec / photos F. Fasquel (sauf mention contraire)
📖 Cet article est paru dans AQYA n°3 (novembre 2025). Téléchargez le numéro complet en PDF.