Trigonostigma truncata, le rasbora arlequin tronqué se découvre

Banc de Trigonostigma truncata, le rasbora arlequin tronqué, dans un aquarium planté

Longtemps confondu avec le célèbre rasbora arlequin, le Trigonostigma truncata a enfin révélé son identité unique. Originaire des eaux ambrées de l’extrême sud de la Thaïlande, ce petit poisson grégaire aux douces couleurs violines arbore une tache sombre tronquée caractéristique. Découvrez comment préserver et reproduire en aquarium cette espèce fascinante dont son milieu naturel se réduit chaque jour.

Groupe de Trigonostigma truncata adultes avec un mâle au centre
Groupe de Trigonostigma truncata adultes âgés de 2 ans avec un mâle au centre.

Biotope

Cette nouvelle espèce est présente sur la côte Est de la Péninsule malaise, du sud de l’isthme de Kra dans la province de Narathiwat, jusqu’au Sud de l’état malaisien de Terengganu.

Elle est présente dans les cours d’eau à débit lent des basses terres, sous le couvert de la forêt marécageuse. L’eau est plutôt douce et légèrement acide, claire, mais colorée par les tanins des débris végétaux. Trigonostigma truncata vit en compagnie de Kryptopterus minor, Clarias spp., Channa limbata et C. lucius, Oryzias spp., Pangio cuneovirgata, pour ne citer qu’eux, sans oublier diverses espèces d’osphronémidés bien connues des aquariophiles, telles que Trichopodus leerii, Betta imbellis, B. pi, Trichopsis vittata et Parosphronemus paludicola.

Le pH de l’eau varie de 6 à 7, avec une faible dureté. La température oscille entre 23 et 27 °C. L’espèce vit dans une faible profondeur d’eau, parmi des stations de Cryptocoryne ciliata ou sous les plantes de berge associées au couvert végétal.

Cours d’eau forestier dans le sud de la Thaïlande biotope de Trigonostigma truncata
Cours d’eau forestier dans le sud de la Thaïlande, biotope de Trigonostigma truncata
Capture à l'épuisette de Trigonostigma truncata dans son biotope
Capture à l’épuisette de T. truncata dans son biotope au sud de la Thaïlande.

La conversion de son habitat en terres agricoles, l’urbanisation et le drainage sont les principales menaces pour cette espèce.

Petit rappel historique

Classé dans la famille des cyprinidés, le genre Rasbora spp., décrit par Bleeker en 1859, a vu son éclatement en 2007. N’étant pas considéré comme un groupe monophylétique, les espèces ont été divisées et regroupées dans les genres Boraras, Danio, Microrasbora, Rasbora et Trigonostigma. De récents travaux ont permis la description d’une cinquième espèce, T. truncata Tan 2020.

L’espèce type, Rasbora heteromorpha a été décrite par Duncker en 1904 à partir de spécimens provenant de plusieurs localités de la Péninsule Malaise. Des différences morphologiques ont permis l’éclatement du genre, en corrélation avec des travaux concernant la phylogénétique moléculaire.

En l’occurrence, le genre Trigonostigma spp. (Kottelat & Witte, 1999) a été reconnu comme genre à part entier en se basant principalement :

  • sur le motif en forme de triangle noir
  • au trait coloré qui souligne cette tache noire
  • à la couleur du corps variant du rouge à rose orangé
  • au comportement des poissons pendant la reproduction

La forme triangulaire noire, présente sur la partie postérieure du corps, fait office de référence pour le genre. Ce caractère particulier est dénommé « axine » (dérivé du mot grec signifiant coin) lors de la description de Trigonostigma truncata.

La notion d’apex (sommet ou pointe) – dorsal, ventral et caudal – fait son apparition avec une précision sur son positionnement :

  • L’apex dorsal, sous la nageoire dorsale.
  • L’apex ventral, au-dessus de la nageoire pelvienne.
  • L’apex caudal, vers la base du pédoncule caudal.

Seul T. somphongsi présente un marquage réduit avec un triangle qui se limite à la forme d’un trait noir s’affinant vers la queue.

Trigonostigma heteromorpha sauvage
T. heteromorpha sauvage (Duncker, 1904).
Trigonostigma truncata
Trigonostigma truncata (Tan, 2020).
Trigonostigma espei
Trigonostigma espei (Meinken, 1967).
Trigonostigma hengeli
Trigonostigma hengeli (Meinken, 1956).
Trigonostigma somphongsi
Trigonostigma somphongsi (Meinken, 1958).

Trigonostigma truncata, c’est d’abord une histoire d’aquariophiles !

Toutes les espèces du genre vivent en Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie et Thaïlande), dans des milieux naturels très proches, rivières à débit lent, zones marécageuses ou prairies inondées.

À l’œil nu, il est aisé de différencier T. heteromorpha des autres espèces initialement décrites, c’est-à-dire T. espei, T. hengeli et T. somphongsi. Par contre, pour faire la différence entre T. heteromorpha et T. truncata, une attention toute particulière est nécessaire, même si certaines caractéristiques sont assez visibles.

Trigonostigma heteromorpha mâle sauvage
Trigonostigma heteromorpha mâle sauvage.
Trigonostigma truncata mâle sauvage
Trigonostigma truncata mâle sauvage.
Comparaison des femelles de T. heteromorpha et T. truncata
T. heteromorpha femelle sauvage en haut, T. truncata femelle sauvage en bas.

Le caractère principal du genre étant la tache triangulaire, les observations permettent de souligner qu’elle commence à peu près au milieu du corps du poisson et s’étend jusqu’à la nageoire caudale. La ligne de base est presque perpendiculaire à la ligne du corps, la ligne dorsale s’élève plus ou moins vers la base de la nageoire dorsale, la ligne ventrale est la plus inclinée vers le haut de la queue à l’exception de T. somphongsi où elle est presque horizontale.

En comparaison, voici les taches triangulaires pour chaque espèce, de la plus grande à la plus petite.

Tache triangulaire de Trigonostigma somphongsi
T. truncata
Tache triangulaire de Trigonostigma espei
T. heteromorpha
Tache triangulaire de Trigonostigma hengeli
T. hengeli
Tache triangulaire de Trigonostigma truncata
T. espei
Tache triangulaire de Trigonostigma heteromorpha
T. somphongsi

Si l’on remonte dans le temps, on s’aperçoit que T. truncata, présent dans nos aquariums, est commercialisé depuis de très nombreuses années sous le nom erroné de T. heteromorpha. De nombreuses photos publiées dans différents ouvrages aquariophiles en témoignent.

C’est seulement fin 2017 qu’un aquariophile français, Frédéric Potier, le présente très clairement comme une espèce non décrite, dans son article « le genre Trigonostigma : arlequin et cie » publié dans le n°124 de la revue L’Aquarium à la Maison. Il relate l’importation au mois d’avril 2017 par Aquarium Glaser, d’une nouvelle espèce proche de T. heteromorpha. Cet importateur a reçu un lot collecté dans le Sud de la Thaïlande et il le commercialise sous le nom de « T. cf heteromorpha » suite à l’observation de la coloration différente faite par leur biologiste Franck Schäfer.

Trigonostigma truncata femelle photographiée après la collecte
T. truncata femelle, photographiée une semaine après la collecte dans la province de Narathiwat, en Thaïlande.
Trigonostigma truncata mâle photographié après la collecte
T. truncata mâle, photographié une semaine après la collecte dans la province de Narathiwat, en Thaïlande.

C’est à l’occasion d’une rencontre qu’un autre aquariophile, Frédéric Fasquel, présente l’article au professeur Bhinyo Panijpan et son équipe de l’Université de Mahidol à Bangkok travaillant sur le combattant et les autres espèces thaïs. L’information d’une nouvelle espèce éveille leur curiosité.

Une étude est donc lancée sur des sujets provenant du marché de Chatuchak (Bangkok), in situ (Province de Narathiwat, district de Su-ngai Kolok) et du commerce d’importation aquariophile européen (Aquarium Glaser). Conjointement avec l’équipe du Pr. Bhinyo Panijpan (P. Laosinchai, P. Ruenwongsa et N. Sriwattanarothai), se confirme la théorie d’une nouvelle espèce, distincte de T. heteromorpha, dénommée dans l’attente d’une description, « Trigonostigma sp. de Narathiwat ».

Description

En octobre 2019, les travaux réalisés portent sur le séquençage de l’ADN mitochondrial COI et sur la modélisation des critères morphologiques apparents transcrits en dessins à partir de photos des poissons étudiés en vue latérale (en aplat).

Trigonostigma heteromorpha femelle adulte sauvage, points de comparaison
Trigonostigma heteromorpha femelle adulte sauvage.
Trigonostigma truncata femelle adulte sauvage, points de comparaison
Trigonostigma truncata femelle adulte sauvage.

Les lignes formant le triangle permettent de visualiser des angles d’ouverture différents, avec un rapport largeur-longueur différencié. L’intensité de la couleur noire du triangle apporte une signature spécifique à chaque espèce, tout comme le positionnement, la couleur et la forme de la ligne colorée surplombant l’apex supérieur du triangle.

Pour étayer les études, un tableau simplifié est réalisé avec le Professeur Bhinyo Panijpan, démontrant les caractéristiques morphologiques des deux espèces au regard des dessins qui l’illustrent.

Dessins comparatifs entre T. heteromorpha et T. truncata
Dessins comparatifs localisant les différents points de comparaison entre T. heteromorpha et T. truncata (T. sp. de Narathiwat à l’époque de l’étude). Crédit : Professeur Bhinyo Panijpan et son équipe.
Tableau de comparaison morphologique entre T. heteromorpha et T. truncata
Tableau des caractéristiques morphologiques comparées des deux espèces. Crédit : Professeur Bhinyo Panijpan et son équipe.

La pandémie du Covid-19 ralentira la conclusion de l’étude et c’est finalement l’ichtyologiste singapourien Heok Hui Tan qui les devancera, en publiant le 28 mai 2020, la description de Trigonostigma truncata dans le Raffles Bulletin of Zoology.

Trigonostigma truncata est la plus grande des 5 espèces avec une taille de 3,5 à 4 cm. Elle diffère aussi des autres par sa coloration et sa tache triangulaire plus grande dont l’apex caudal se termine au niveau du pédoncule et n’atteint pas la nageoire caudale. C’est l’espèce qui présente la plus importante différence de coloration sexuelle. Un trait bleu diffus borde la ligne supérieure du triangle pour les mâles alors qu’il est doré pour les femelles. Cela est encore plus flagrant avec un éclairage LED. La couleur de fond est rosée à violine, variant en fonction des sexes et de l’âge des individus.

Trigonostigma truncata mâle sauvage après 2 mois en aquarium
Trigonostigma truncata femelle sauvage après 2 mois en aquarium

Maintenance et cohabitation

Cette espèce est grégaire par nature et elle apprécie de vivre en banc d’une dizaine d’individus minimum. Ce nombre permet à ceux-ci de se montrer moins nerveux et aux mâles d’afficher d’intenses couleurs pour attirer les femelles. L’aquarium, d’un volume minimal de 80 à 100 litres, doit être densément planté et aménagé avec des racines. Un aménagement proche de son milieu naturel consiste à proposer un sol à substrat fin, composé de sable de couleur foncée. Des racines et des branches de bois enchevêtrées sont placées de telle façon qu’elles procurent des zones ombragées.

Groupe mixte de Trigonostigma truncata et T. espei avec des guppys
Groupe mixte de Trigonostigma truncata et T. espei en compagnie de guppys dans un aquarium de 200 litres.

La plantation est laissée à l’appréciation de chacun, si possible en utilisant des plantes asiatiques comme des Cryptocoryne, du Microsorum, des Hygrophila et des Rotala rappelant sa région d’origine.

Son tempérament vif et enjoué est parfait pour cohabiter avec les autres membres du genre, des gouramis perlés (voir AQYA n°6), des silures de verre, des kuhlis et d’autres petites espèces demandant des paramètres de maintenance identiques. Sa petite taille doit être prise en considération pour l’associer à d’autres espèces (loches, cyprinidés, osphronémidés). La température de l’eau peut varier de 22 à 28 °C. Elle doit être de bonne qualité, légèrement douce et acide, bien filtrée et oxygénée sans pour autant avoir un courant trop fort.

Alimentation

Sa bouche supère le désigne comme étant un micro-prédateur opportuniste à tendance insectivore. En milieu naturel, il se nourrit de petits insectes tombés à l’eau, de micro-crustacés et autres animaux composant le zooplancton. De ce fait, en aquarium, il a une nette préférence pour les proies vivantes adaptées à sa petite bouche (nauplies d’artémia, larves de moustiques, vers de vase…) qui entretiennent son instinct naturel de prédation.

Trigonostigma truncata cherchant un granulé au sol
T. truncata n’hésite pas à venir jusqu’au sol chercher la nourriture, ici un granulé.

Les aliments congelés usuels et la nourriture sèche : paillettes et micro-granulés sont donnés en alternance afin de varier l’apport nutritionnel pour éviter certaines carences (vitamines…). La nourriture est distribuée avec parcimonie, si possible 2 fois par jour avec l’aide d’un distributeur automatique éventuellement.

Reproduction

Localement, un programme d’élevage est mis en place par l’office provinciale des pêches de Narathiwat afin d’étudier l’espèce. Les bacs de reproduction sont de grandes cuves nues filtrées. Une plante locale aux feuilles rubanées est immergée, lestée par une pierre et sert de support de ponte pour une dizaine de géniteurs.

Le directeur de l'office des pêches de Narathiwat
Directeur de l’office des pêches de Narathiwat.
Bac de ponte cloisonné pour les alevins de T. truncata
Bac de ponte cloisonné pour que les alevins de T. truncata puissent échapper aux parents.

La reproduction en aquarium est parfaitement réalisable pour un aquariophile ayant un peu d’expérience avec les cyprinidés. La femelle mature est plus ronde au niveau de l’abdomen. Le couple se forme, juste le temps de la ponte, et ne prodigue pas de soins parentaux.

Dans un bac planté qui leur convient, la reproduction a souvent lieu sans l’intervention de l’éleveur. Lors de la parade nuptiale, la coloration du mâle s’intensifie. Une nage saccadée devant la femelle annonce une ponte imminente. La femelle colle ses ovules sur la face inférieure de plantes à larges feuilles (Anubias, Cryptocoryne…). La fécondation par le mâle est immédiate.

Couple de Trigonostigma truncata âgé de 3 ans
Couple de T. truncata âgé de 3 ans.
Jeunes Trigonostigma truncata F1 âgés de 10 mois
T. truncata F1 âgés de 10 mois.

Le bac spécifique de ponte permet une gestion plus facile et un résultat de production plus important. D’une façon générale, le bac est nu, sans sol, avec une décoration plantée minimaliste faite de plantes à larges feuilles et de touffes de mousse. Une cloison grillagée peut créer une zone refuge pour la sécurité des alevins venant de naître.

L’eau doit être acide (pH 6-6,5), l’éclairage tamisé. Un ajout de feuilles de chêne ou de catappa apporte des acides humiques. Un groupe de mâles et de femelles matures, séparés pendant quelques jours, sont introduits simultanément dans le bac de ponte.

L’éclosion survient après 48 h environ, en fonction de la température. La présence naturelle d’une microfaune permet le démarrage des alevins qui doivent littéralement baigner dans leur nourriture. Attention aux risques de pollution car les alevins sont sensibles aux variations de la qualité de l’eau. À mesure de leur croissance, il convient de leur fournir une alimentation vivante complémentaire afin d’assurer leur bon développement (anguillules, micro-vers, nauplies d’artémia).

L’espèce est aussi robuste que T. heteromorpha. Son espérance moyenne de vie dépasse les 3 ans en captivité, tout comme pour les autres espèces du genre. Cette belle espèce mérite d’être reproduite en plus grande quantité par les éleveurs professionnels pour le marché aquariophile.

Aperçu systématique

Couple de Trigonostigma truncata en aquarium
Trigonostigma truncata couple sauvage 1 semaine après leur capture.

Ordre : Cyprinodontiformes
Sous-ordre : Cyprinodontoidei
Famille : Danionidae
Sous-famille : Rasborinae
Genre : Trigonostigma
Espèce : truncata
Descripteur : Tan, 2020
Protonyme : Trigonostigma truncata
Nom commun : rasbora arlequin tronqué

Étymologie. Trigonostigma : du grec « tria » signifiant 3, puis « gonias » signifiant angle ou coin et « stigmate » signifiant signal. Cela fait référence au triangle noir présent sur le corps des espèces du genre.
truncata : du latin « truncus » signifiant coupé, en allusion à l’apex caudal de l’axine n’atteignant pas la base de la nageoire caudale.

En résumé

Nom scientifiqueTrigonostigma truncata Tan, 2020
Nom communRasbora arlequin tronqué
FamilleDanionidae
Taille adulte3,5 à 4 cm
Origine géographiquePéninsule malaise, du Sud de la Thaïlande au nord de la Malaisie
Qualité d’eau requisepH : 6-7 ; GH : < 5°
Température22 °C à 26 °C
Volume minimum80 litres
Type de bacBac communautaire planté
Mode de vieDiurne
ComportementVif et paisible
Zone de vieZone médiane du bac
Longévité estimée3 à 4 ans
AlimentationMicro-prédateur à tendance insectivore
ReproductionOvipare (ovulipare)
Statut UICNEn danger critique (CR)
Spécimens disponiblesCapture et élevage
Trigonostigma truncata parmi les plantes
Trigonostigma truncata dans un aquarium planté.

Glossaire

Apex : mot d’origine latine signifiant pointe ou sommet et désignant l’extrémité la plus haute d’une chose, en l’occurrence une extrémité de la tache triangulaire.
Axine : mot d’origine grecque signifiant une hache ou une cognée. Le terme est utilisé ici pour désigner la forme de la tache triangulaire noire sur le corps des espèces de Trigonostigma.

Information légale

La possession d’animaux en aquarium requiert une approche éthique et responsable afin de les respecter. L’acquisition de Trigonostigma truncata pour peupler votre aquarium ne doit pas être un achat impulsif. Il est essentiel de s’informer sur ses besoins spécifiques (qualité de l’eau, dimensions de l’aquarium, comportement, alimentation). Soyez vigilants à ne pas le mélanger avec d’autres espèces aux conditions de maintenance trop différentes. Il devrait cohabiter seulement avec des animaux aux exigences similaires.

Afin de préserver la vie sauvage, ce rasbora ne doit surtout jamais être relâché dans le milieu naturel car il pourrait le coloniser ou le contaminer.

Remerciements : aux responsables de l’office des pêches de Narathiwat pour leur accueil et leur aide ainsi qu’aux pêcheurs de Su-ngai Kolok pour nous avoir emmenés sur leurs lieux de collecte. Au Professeur Bhinyo Panijpan (voir l’hommage ci-dessous) et toute son équipe de l’Université de Mahidol, Mme Pintip Ruenwongsa, Mme Namkang Sriwattanarothai et Mr Parames Laosinchai.

Texte : Michel Dantec — Photos : Frédéric Fasquel — Dessins : Professeur Bhinyo Panijpan et son équipe.


In Memoriam : le professeur Bhinyo Panijpan

Portrait du professeur Bhinyo Panijpan
19 août 1942 – 25 septembre 2022.
Le professeur Bhinyo Panijpan dans son laboratoire à l'université de Mahidol
Le Professeur Bhinyo Panijpan dans son laboratoire à l’Université de Mahidol à Bangkok.

Une partie de l’équipe d’AQYA a bien connu et collaboré avec le Professeur Bhinyo Panijpan qui a consacré toute sa retraite à la connaissance des poissons thaïlandais et nous lui rendons hommage. Nous le remercions pour l’ensemble de son travail qu’il a partagé avec nous et ici tout particulièrement pour l’étude très importante qu’il a dirigée pendant plus de 3 ans sur la description du rasbora arlequin thaïlandais (Trigonostigma truncata) ainsi que pour toutes ses recherches sur le poisson de son enfance, le combattant Betta splendens.

Le Dr Bhinyo Panijpan était le directeur fondateur de l’Institute for Innovation and Development of Learning Process (nom actuel : Institute for Innovative Learning), Mahidol University. Sa recherche en enseignement des sciences intègre les concepts scientifiques, la pédagogie et la technologie moderne. Conseiller et mentor pour les étudiants des cycles supérieurs du programme d’enseignement des sciences et de la technologie, ceux-ci, sous sa supervision, ont publié dans de nombreuses revues internationales couvrant divers domaines de l’enseignement des sciences, des mathématiques, de l’informatique et de l’éducation dans le monde médical.

Un de ses principaux travaux en science est la réalisation d’une trousse de test d’iode ou « I-kit », inventée à partir de ses propres résultats de recherche scientifique fondamentale qui a été breveté et a remporté les prix d’invention exceptionnelle de l’Université Mahidol en 1997 et du Conseil national de la recherche de la Thaïlande en 1999. Il a également été évalué et approuvé par l’UNICEF. Le véritable succès est l’avantage pour la santé publique de la Thaïlande qui n’avait pas de kit de test d’iode avec la même qualité de précision que I-kit. En outre, le Dr Bhinyo Panijpan a également inventé I-reader, un instrument portable à utiliser avec la solution pour la détermination quantitative des iodates dans le sel. Cette innovation a été développée en l’an 2000 avant le développement de nombreux autres kits et instruments de test.

Le Dr Bhinyo Panijpan a publié 140 articles universitaires dans des revues internationales, dont la moitié étaient des articles scientifiques. L’autre moitié comprenait 50 articles sur l’enseignement des sciences de la vie et 20 articles sur l’enseignement des mathématiques et de la physique. La plupart des articles scientifiques ont été publiés dans des revues à fort impact comme Science et AAAS.

Plus important encore, est sa recherche aidant la connaissance du poisson de combat siamois. Le Pr Bhinyo Panijpan, après sa retraite, a consacré son énergie à l’étude du Betta splendens. Il a publié 10 articles de recherche sur les Betta spp. sauvages. Il a décrit 2 nouvelles espèces sur les 5 constructeurs de nid de bulles présents en Thaïlande, Betta mahachaiensis et Betta siamorientalis. Ces recherches documentées ont permis au Comité national sur l’identité de choisir le Betta splendens comme animal aquatique national de la Thaïlande le 5 février 2019.

Le professeur Bhinyo Panijpan et son équipe lors de leur venue en France
Le Professeur Bhinyo Panijpan et son équipe lors de leur venue en France.

Il ne s’est pas limité au genre Betta mais il a aussi étudié les Trichopsis spp., Aplocheilus panchax et bien sûr le rasbora arlequin thaïlandais qui a permis d’enrichir l’article publié dans ce numéro. Nous avons apprécié sa venue en France en 2017 pendant laquelle, son équipe et lui-même, ont présenté leurs travaux sur Betta splendens au congrès de la CIL-IBSC à Saint-Rémy (88).

Ce texte à la mémoire du Professeur Bhinyo Panijpan a été élaboré avec la participation de Namkang Sriwattanarothai. Texte : Michel Dantec.


📖 Cet article est paru dans AQYA n°7 (août-septembre 2026). Téléchargez le numéro complet en PDF.